
Ils sont une bonne trentaine de serristes finistériens dans leur situation. Jean-Jacques Morvan et Martial Cabon, producteurs de tomates à Plouguerneau, ne peuvent pas avoir accès au gaz naturel. Pour la bonne – mauvaise – raison que les conduites s'arrêtent à 7 km de leurs serres.
"Il y a urgence"
Contrairement à l'électricité qui irrigue tout le territoire, le gaz ne s'infiltre pas dans les moindres recoins du département. Résultat, ces deux producteurs de tomates sont contraints d'utiliser une autre énergie : le fioul lourd, nettement plus coûteux que le gaz.
Les donneurs de leçons ont beau jeu de dire que les producteurs n'avaient qu'à s'installer le long des conduites de gaz. À ces arguments, Jean-Jacques Morvan répond "aménagement du territoire". Et d'interroger : "Les Plouguernéens n'auraient-ils pas le droit de créer de l'emploi local ?".
Il y a deux ans déjà, Philippe Mauguin, le Monsieur énergie du ministère de l'Agriculture, avait visité la serre de Martial Cabon. À l'époque, ce producteur, qui peut consommer jusqu'à 25 tonnes de fioul lourd par semaine, demandait qu'il puisse bénéficier d'un prix du gaz en zone 1 (NDLR : le tarif le plus avantageux appliqué aux serristes les plus près des réseaux d'approvisionnement). En 2008, sa demande reste la même. "Il y a urgence", a-t-il déclaré au ministre qui en a profité pour dire que "le rapport Mauguin n'a pas été rangé dans les cartons" (lire aussi page 4).
Ces propos de M. Cabon sont étayés par son voisin J.J. Morvan. "Nous sommes contraints d'acheter du fioul au prix du marché pendant que d'autres producteurs bénéficient d'un gaz au prix régulé par l'État. Où est l'équité ?", s'élève ce serriste qui doit faire face à "une charge supplémentaire de 5 €/m2. Soit un surcoût énergétique de 75 000 € par an".
Trouver des alternatives
À défaut de pouvoir se brancher dès aujourd'hui sur le réseau de gaz, ces producteurs réclament un fioul vert "pour faire face à l'urgence". "Cela nous permettrait de réduire la facture énergétique de 3 €/m2", calcule Martial Cabon, indiquant qu'en deuxième phase, cela laisserait le temps de réfléchir à des énergies alternatives.
Une orientation que les responsables professionnels et syndicaux appuient fortement. "Car l'énergie sera durablement chère. Il faut donc se préparer", s'accordent-ils, même si Gilles Le Bihan, président de la section cultures sous serres de la FDSEA, se demande "si l'énergie est chère ou si c'est GDF qui est obsédé par ses bénéfices".
Pour sa part, Jean-Claude Le Gall, ancien président de Savéol, pense que les producteurs isolés doivent aller vers l'indépendance énergétique. "Un effort collectif doit être fait pour aider au changement d'énergie", dit-il. Cette idée d'autonomie énergétique a visiblement séduit le ministre. "Mais tout le monde ne chauffera pas au bois", prévient Thierry Merret, président de la FDSEA.
Cette demande d'ouvrir les horizons énergétiques est relayée par Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture de Bretagne. "La profession agricole demande à l'Etat de s'engager aux côtés des producteurs en encourageant l'installation de pompes à chaleur, en aidant la recherche pour l'analyse des résultats techniques. Nous demandons également une extension de la période d'achat de l'électricité dans le cadre de la cogénération".
Didier Le Du
PHoto : Après avoir écouté les revendications, Michel Barnier a loué le professionnalisme des serristes, avant de solliciter la préfecture pour mettre en place un plan gaz départemental. Quant à la FDSEA et les producteurs qui ont "apprécié ces échanges avec le Ministre", ils attendent que "le discours se concrétise en actes".