
A ctualité oblige, la fièvre catarrhale ovine est au centre des préoccupations des organisations en charge de la veille sanitaire. Le GDS du Morbihan avait invité à témoigner lors de son assemblée générale vendredi 28 mars à Josselin, David Hollert, éleveur bovin et ovin, en Ardennes et Gérard Bosquet, l’un des praticiens du cabinet vétérinaire de l’élevage. Témoignages édifiants de ce que la fièvre catarrhale (FCO) qui frappe aussi à la porte de la Bretagne peut provoquer sur une exploitation « plombée ». Celle-ci se situant dans l’un des départements les plus touchés par la maladie.
Pertes conséquentes
David Hollert reconnaît que si aujourd’hui, notamment avec l’annonce de l’arrivée imminente du vaccin, le moral revient, ils ont vécu plusieurs mois très difficiles. Rapidement ils ont dû s’adapter et faire face à ce que Gérard Bosquet qualifie de « tsunami sanitaire ». Il rappelle qu’en un peu plus d’un an plus de 19 000 foyers ont été recensés en France, dont 5000 depuis le début 2008. « On est passé d’une maladie administrative à un fléau d’élevage ».
David Hollert explique que sur son exploitation bovine (55 vaches laitières et un troupeau de vaches allaitantes) et ovine (390 femelles Texel), les premiers symptômes de la maladie sont apparus à la fin de l’été 2006. « Au début on ne savait même pas trop détecter les animaux malades » reconnaissent l’éleveur et le vétérinaire. Les signes cliniques peuvent ne pas être toujours très marqués sur tous les animaux atteints.
Concrètement pour l’élevage Hollert en une année, cela s’est traduit pour la partie ovine par près de 110 animaux morts (72 brebis, 33 agneaux, 4 béliers) et 185 animaux en état de morbidité, et pour la partie bovine par la perte de deux vaches (une laitière et une allaitante), de 6 veaux, 4 jeunes bovins et 2 avortements. Mais le préjudice ne s’arrête pas là car ce sont aussi des pertes économiques au niveau du lait « des vaches qui démarrent une lactation à 15 kg ou 20 kg de lait et qui ne décollent pas », des béliers stériles, une valeur économique des animaux qui s’effondre … L’éleveur estime la perte directe entre 20 000 et 23 000 euros.
Vacciner et vacciner vite
De fait, face à ceux qui doutent sur à la vaccination, il est sans ambiguïté. « quand on est passé par là où nous sommes passés la question ne se pose même pas, on vaccine ». Ajoutant, « il faut vacciner et vacciner vite. C’est la seule issue pour s’en sortir ». Sur l’acte de vaccination, s’il reconnaît que les éleveurs sont capables de vacciner il exprime quelques craintes sur la gestion et voudrait être assuré qu’un maximum d’éleveurs s’engagent et vaccinent effectivement. Rappelons que les organisations professionnelles, notamment bretonnes, plaident pour la possibilité d’une vaccination par l’éleveur. Les pouvoirs publics restent pour le moment sur le principe de la vaccination par un vétérinaire. Des discussions sont toujours en cours.
L’exemple de cet éleveur ardennais ne fait que conforter les responsables professionnels sur la nécessité et l’urgence de pouvoir disposer du vaccin. La vaccination devait débuter la semaine dernière dans 16 départements les plus touchés (nord-est), mais pour la Bretagne, il faudra attendre juin pour les ovins/caprins et le mois d’août pour les bovins. Sans oublier qu’elle demeure facultative, « nous devrons donc convaincre pour obtenir le matelas vaccinal le plus large possible ».
La conclusion d’André Briend, président du GDS dans son rapport d’orientation est aussi de constater qu’il s’agit « d’un de ces nouveaux risques sanitaires pour les élevages ». Conduisant l’organisation « à être en état de veille permanent pour apporter une réponse adaptée à la prévention, aux soins et à l’éradication ».
Pierre Dénès
POUR EN SAVOIR +
Huit cantons en zone réglementée
S’il n’y a pas eu de cas avérés sur le département, 8 cantons :
La Gacilly, Guer, Josselin, Malestroit, Mauron, Ploërmel, La Trinité-Porhoët et La Roche Bernard) font partie de la Zone dite réglementée. Ceci suite a deux cas confirmés en Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique.
Vaccination
La vaccination est facultative à la demande de l’éleveur. Les doses morbihannaises seront disponibles pour les animaux en âge d’être mis à la reproduction, en juin pour les ovins et les caprins et en août pour les bovins. Les GDS bretons réfléchissent avec les vétérinaires à une stratégie régionale de vaccination afin de limiter l’extension de la maladie (vaccination sur une zone tampon en avant du front de la maladie, gestion d’un cas clinique …).
Désinsectisation
La vaccination n’étant possible qu’à partir d’août, la lutte contre les mouches doit être conduite de façon rigoureuse, c’est à dire précoce et régulière selon les recommandations des fabricants. Les GDS communiqueront auprès des éleveurs de façon régulière et notamment si les données épidémiologiques et scientifiques évoluent en cours d’année.
Dioxine
Le département a été touché avec l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique par l’épisode de dioxine. Tous les troupeaux ont désormais été libérés du séquestre. Mais toujours pas de cause connue et confirmée. Les responsables doutent que l’on sache un jour qui était le responsable. Le GDS a décidé d’une aide de 10 000 euros à destination des éleveurs concernés, ce qui correspond en moyenne à 50 % de la cotisation sanitaire annuelle.
De gauche à droite : Béatrice Briand, vice-présidente du GDS, André Briend, président et Yannick Rolland , secrétaire