
L'agriculture ne représente plus que 10 % (10,62 % exactement) de l'activité "crédits à moyen long terme" réalisée par la Caisse régionale du Crédit agricole du Finistère. Mais cela représente tout de même la coquette somme de 179 millions d'euros empruntés par les agriculteurs du Finistère en 2007. "Soit une augmentation de 19,2 % des investissements", chiffre Jack Bouin, directeur général.
Une progression qui, sur le plan l'activité du groupe, ne peut qu'apporter satisfaction aux gérants, mais qui conduit Jean Le Vourc'h, président, à dispenser quelques conseils de prudence : "Parmi les investissements concernés, il y a la fin des mises aux normes, le financement des outils de traitement du lisier, mais aussi beaucoup de matériel. Il suffit qu'il y ait un peu de perspectives pour que les achats de matériel flambent". Autrement dit, pour le président qui ne peut qu'être satisfait pour l'activité bancaire, les producteurs laitiers se sont fait plaisir l'an dernier, mais devraient y aller à pas comptés comme le suggère la conjoncture laitière des dernières semaines.
Porc et serre en vigilance rouge
En face, les producteurs de porc sont quant à eux focalisés sur la gestion de leur trésorerie."À la fin février, l'utilisation de la cote de crédit était de 53 %", chiffre le directeur, rappelant que la banque a augmenté le plafond de 8,50 euros/100 kg de porc, portant ainsi la cote maximale à 39,5 euros/100 kg. Une façon de soutenir les producteurs, mais aussi de mieux suivre l'endettement des élevages qui, à défaut de trouver une solution auprès du banquier, se tournent vers les fournisseurs. Avec, à la clé, une moins bonne vision de l'endettement global des exploitations par la banque.
Reste que le Crédit agricole ne se veut pas alarmiste sur les dégâts causés par la crise porcine, pourtant la plus sévère de ces dernières décennies. "Il n'y a pratiquement pas eu d'arrêts d'activité. La technicité des éleveurs fait qu'il y a une bonne résistance générale", commente sobrement J. Le Vourc'h, reconnaissant que "quelques cas, parmi les plus difficiles, gagneraient à trouver des solutions avant que le montant des dettes ne soit prohibitif".
Autre secteur confronté à des difficultés, le maraîchage sous serre doit faire face à une forte augmentation du coût de l'énergie. "Si la profession ne trouve pas rapidement de solutions, des moments difficiles s'annoncent", analyse le président qui fait néanmoins "confiance aux gens du métier pour relever le défi. Et nous les accompagnerons". Et Jean Le Vourc'h de s'interroger toutefois : "La question est de savoir jusqu'à quel prix le consommateur est-il prêt à payer la tomate".
La nécessité d'anticiper
Bref, lait, porc, serre et autres productions, le Crédit agricole invite ses clients et sociétaires à "anticiper. C'est comme cela que l'on se prépare à affronter des vents contraires qui finissent toujours par souffler sur les différentes productions". Un conseil qui vaut pour les producteurs de porc habitués à ces situations, mais aussi pour les producteurs laitiers qui font leur entrée dans le bal des marchés agités par le libéralisme économique.
Didier Le Du
“Nous n’entendons pas sacrifier 2000 agriculteurs”
Lors du discours qu'il a tenu lors de l'assemblée générale, vendredi dernier à Carhaix, Jean Le Vourc'h s'est largement attardé sur la gestion des bassins versants en contentieux.
Pour lui, les gages donnés lors du Grenelle de l’environnement ne sont pas étrangers à cette situation. "Qui aime cultiver le paradoxe est servi : la région qui affiche les meilleurs résultats en qualité des eaux est aussi la plus pénalisée", s'élève-t-il avec colère. Et de s'attaquer aux "aides exceptionnelles promises pour seulement cinq années et qui tardent à venir alors que les contrôles eux sont imminents".
Jean Le Vourc'h souligne encore que "depuis, d’autres contentieux sont nés en Charente et Deux-Sèvres". Et de rappeler que la règle européenne en vigueur en qualité des eaux de captage est à 50 mg de nitrates qu’elles soient profondes ou de surface. "Nous n’entendons pas sacrifier nos 2 000 agriculteurs bretons condamnés comme boucs-émissaires de manière à recouvrir d’un voile pudique d’autres turpitudes ailleurs en France et permettre que perdurent des situations illégales pour plus de 25% des eaux du Bassin parisien, en Auvergne, ou ailleurs".
Pour le président du Crédit agricole et de Breiz Europe, "cette disparité de traitement est indécente et injuste en République. Dans le même temps, nos pouvoirs publics entérinent des dérogations en Europe. Les dernières en date : 350 kg d’UN/ha en Flandre belge et 250 en Wallonie".
De gauche à droite : Jack Bouin, Directeur général, et Jean Le Vourc’h, Président du Crédit Agricole.