
D’emblée le rapport veut évacuer la notion de durabilité idéologique, soulignant que « l’agriculture ne sera durable que si elle nourrit les hommes, mais aussi et surtout ceux qui travaillent la terre et nourrissent le monde ».Plusieurs rappels : l’augmentation des besoins alimentaires mondiaux avec une population en croissance pour encore plusieurs décennies, la possible raréfaction de l’espace agricole liée au réchauffement climatique, à la concurrence de l’urbanisation … Sans oublier la demande énergétique qui risque de mobiliser une partie des terres.
Nourrir les hommes
Pas de doute, les besoins alimentaires vont exploser avec une surface agricole mondiale qui pourrait atteindre rapidement ses limites. L’arme alimentaire sera donc une clé de l’avenir. Alors s’interroge le syndicat « Produire plus est-il compatible avec durable ? ». La réponse est oui mais avec quelques conditions.
Le rapport décline ses orientations vers une agriculture qui préserve comme priorité de nourrir les hommes, un moindre gaspillage d’énergie – des déjections que certains traitent pendant que d’autres achètent des tonnes d’engrais – un frein à la consommation de l’espace pour l’urbanisation et les infrastructures. Refusant que quelques régions du monde soient demain spécialisées dans certaines productions pour éviter des dépendances.
L’ambition d’une agriculture qui prenne en compte tous les aspects de l’écologie est clairement réaffirmée, en continuant par exemple de travailler sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. Et surtout pas discrimination vis-à-vis de systèmes non conventionnels. La FDSEA annonce d’ailleurs la naissance d’une section agriculture biologique. Mais aussi fermeté sur le dossier des OGM, « qui doit rester sous la maîtrise scientifique et non sous la tutelle de la rue. La recherche sur les biotechnologies est un impératif stratégique pour la France et l’Europe ».
Faire face à la distribution
En clair, pour le syndicat majoritaire le oui à la « haute valeur écologique » n’a de sens que s’il s’accompagne d’une assurance sur la « haute valeur économique ». Et de rappeler que les agriculteurs doivent d’abord vivre de la vente des produits. Ce qui implique de concilier organisation économique et soutiens des pouvoirs publics. Une intervention publique qui est pourtant régulièrement menacée par un désengagement de l’Union européenne. Le syndicat réclame plus de protections aux frontières pour les produits qui n’ont pas les mêmes contraintes de production.
Avec insistance la FDSEA revient également sur la nécessité de revoir l’organisation économique face à la Grande distribution largement fustigée. « Elle est devenue un véritable donneur d’ordre aux acteurs des filières agroalimentaires, en position dominante ». De fait, elle refuse une organisation avec les GMS, mais appel de ses vœux un regroupement des forces économiques face à la distribution.
Des orientations également reprises par le président Jean-Jacques Poézévara dans sa conclusion qui a notamment rappelé qu’ « une agriculture forte nécessitait une politique publique forte ». Appelant élus et pouvoirs publics à faire preuve de courage et non de se réfugier à tout moment derrière le principe de précaution pour ne rien décider. Et parfois à prendre des décisions qui mettent en péril l’avenir de certaines exploitations, comme dans le dossier des BV contentieux, ou à placer la France et l’Europe en situation de dépendance par rapport à d’autres pays ou firmes, comme sur les OGM.
Pierre Dénès
Jean Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la FNSEA
Large tour d’horizon de l’invité national, Jean-Bernard Bayard, secrétaire général adjoint de la FNSEA. On retiendra quelques points clés de son intervention :
- Comment comprendre le principe de précaution à la Française quand l’Etat cède aux injonctions d’associations sur l’implantation de cultures OGM et accepte dans le même temps l’importation et la commercialisation de produits contenant des OGM.
- La Présidence française de l’Union européenne, ce ne sera pas le grand soir. Mais il faut profiter des opportunités pour infléchir la réglementation européenne et donner un autre axe à la Pac. Essayons par exemple d’élargir les paramètres d’intervention au niveau des risques sanitaires, économiques … L’enjeu, c’est d’avoir des outils qui sécurisent la production pour assurer au consommateur d’avoir à sa disposition des produits en quantité et de qualité.
- Il faut absolument maintenir des outils de régulation dans l’intérêt des producteurs mais aussi des consommateurs. Et ne
pas laisser le marché gérer tout.
- L’avenir passe par des schémas organisés car même avec la meilleure réglementation au niveau de la Pac, si nous ne changeons pas notre organisation économique nous allons droit dans le mur. Pointant du doigt la multiplicité des opérateurs dans un secteur comme l’endive dans le nord (pour éviter de prendre celui du porc) qui parfois ont selon lui plus le souci de damer le pion aux concurrents que d’assurer un revenu aux paysans.
Plus de 350 délégués des structures locales à l’assemblée générale mardi 25 mars à Quintin présidée par Jean-Jacques Poézévara