
L es erreurs constatées en élevage dans les programmes alimentaires des truies fortes productrices entraînent une hétérogénéité de l'état des animaux. Cette hétérogénéité est accentuée dans le cas des conduites en groupe". Nathalie Perez, vétérinaire chez Selvet Conseil à Loudéac, considère qu'une mauvaise compréhension du rôle des différentes phases du cycle de reproduction conduit à une mauvaise gestion de l'état du troupeau. La compétition à l'auge, dans certains systèmes d'alimentation, peut accentuer le phénomène. La présence de truies trop grasses ou carencées dans les mêmes lots entraîne une baisse des performances de productivité. Les problèmes de reproduction sont déjà, avant même la mise en groupe dans la majorité des élevages, la principale cause de réforme.
Mesures d'épaisseur de lard sur les cochettes
Les performances du troupeau se préparent dès la quarantaine. "Le point de départ d'une carrière de reproductrice, c'est la préparation avant la première saillie. Les cochettes doivent être suffisamment couvertes" affirme Nathalie Perez. Pour cela, les mesures d'épaisseur de lard sont nécessaires. "Des animaux de même poids peuvent avoir des épaisseurs de gras très variables. Les cochettes couvertes (14 mm et plus) sont plus prolifiques et ont , en moyenne, une demie portée de plus dans leur carrière". La conduite en groupe suppose une grande homogénéité des lots sur l'état d'engraissement.
Reconstituer les réserves avant la mise en groupe
Les 28 jours qui suivent la saillie des truies sont une étape essentielle dans la conduite de la gestante en groupe. Les animaux doivent reprendre de l'état rapidement. "Les réserves mobilisées sur la lactation doivent impérativement être reconstituées avant la mise en groupe (si elle a lieu après échographie) surtout si le système d'alimentation choisi ensuite est basé sur la distribution d'une ration individuelle standardisée". Cette reconstitution des réserves doit être adaptée au rang de portée et à l'épaisseur de lard des truies au sevrage. Il est préférable, selon Nathalie Perez, d'éviter la mise en groupe dans les trois semaines qui suivent la saillie.
Pendant la deuxième phase de la gestation, de 28 jours après la saillie à trois semaines avant la mise bas, la ration doit simplement couvrir les besoins d'entretien. Ces besoins dépendent de la température et du mode de logement. Les rations doivent être corrigées s'il fait froid ou si le niveau d'activité physique est élevé. “Il faut savoir que les truies en groupe consacrent trois quart d'heure supplémentaires à la station debout par rapport aux truies bloquées". Lors de cette phase, même en groupe, les besoins pour l'entretien de la truie et la croissance de la portée restent faibles. La ration allouée doit en tenir compte. Trop importante, elle conduit à une prise de poids et à l'excès de gras, problématique pour la phase suivante.
Un impératif : limiter la compétition
Les trois dernières semaines constituent la dernière phase de la gestation. Le besoin lié au développement de la portée augmente de manière exponentielle au-delà d'une dizaine de porcelets. La ration doit être majorée sur cette phase. "L'augmentation de la ration sur les trois dernières semaines suppose d'avoir limité les apports en milieu de gestation. Dans le cas contraire, l'apport global conduit à suralimenter les truies". Cette augmentation d'aliment en fin de gestation est associée à une plus grande facilité de mise bas et une meilleure vitalité néonatale des porcelets. Une telle courbe alimentaire en gestante préserve l'appétit et maximise la consommation en lactation. Cette conduite évite l'épuisement prématuré des truies fortes productrices sur leur carrière. Elle permet également de maintenir l'homogénéité du troupeau. Elle suppose de limiter la compétition entre animaux. Il s'agit d'un point essentiel dans le choix du système de conduite en groupe.
Bernard Laurent
La compétition à l’auge, dans certains systèmes d’alimentation peut accentuer le phénomène d’hétérogénéité de l’état des animaux.