
L’actualité nous informe régulièrement de drames humains vécus lors de la conversion de terres vivrières en cultures énergétiques. Moins dramatique, Hervé Prima, président de la commission énergie de la Chambre d'agriculture du Finistère, cite le cas d’agriculteurs allemands qui ont abandonné la production laitière pour se consacrer à des cultures énergétiques. "Au lieu de nourrir leurs vaches, ils nourrissent des digesteurs avec du maïs, du triticale, etc., créant de gros déséquilibres locaux avec fermeture de laiterie à la clé".
Cet exemple met en lumière une nouvelle concurrence qui s’exerce entre l’alimentaire et l’énergie. "Pour l’heure, la Bretagne a choisi de privilégier l’alimentation, tout en s’accordant d’utiliser toute la biomasse disponible pour produire de l’énergie", poursuit H. Prima, relayant l’avis politique de la Chambre régionale d'agriculture, lors des "journées de l’Iréo de Lesneven" consacrées au thème de l'énergie.
Et sur ce terrain, il y a à faire. Le bois de haies et de talus ne manque pas dans le bocage finistérien. Les déjections animales sont d’énormes réservoirs de biogaz, mais cette valorisation se heurte à une opinion publique réticente. Enfin, les centaines d’hectares de toitures sont autant de supports potentiels pour recevoir panneaux solaires et photovoltaïques.
Manque de camions
Pour autant que la ressource agricole existe, la priorité demeure l’économie à la source, comme l’évoque Pierre Maille, président du Conseil général. "95 % de l’énergie bretonne est produite à l’extérieur de la région", chiffre-t-il, rappelant que l’agriculture ne consomme que 5 % du total. "L’essentiel est utilisé par l’habitat et le transport". D’où cette nécessité de prendre l’aménagement du territoire à bras le corps dans un département qui se distingue par l'éparpillement des habitations par rapport aux zones d’emploi.
Pas toujours facile non plus de faire des économies substantielles dans les transports quand on connaît le caractère excentré du Finistère par rapport aux zones de consommation. "On trouve de moins en moins d’entreprises de transport qui veulent venir prendre de la marchandise en Bretagne", explique Patrick Pèle, patron d’une flotte de camions à Saint-Urbain. Et d’en donner les raisons : "Un camion consomme 33-34 l/ 100 km. Hier, le coût du gazole représentait 23-24 % de notre prix de revient, aujourd’hui, nous sommes montés à 29 %. Avec une rentabilité qui varie de 0 à + 3 %, la marge de manœuvre est étroite".
La question de ce transporteur étant de savoir si, avec la poursuite de l’augmentation du prix du pétrole, on trouvera encore assez de camions pour expédier la production agricole et agroalimentaire finistérienne. Sans compter le projet d’écotaxe de 16 ct/km parcouru qui pénalisera encore le Finistère. "Et même si j’ose rêver à un transport combiné par rail, il s’avère que c’est tout simplement impossible : entre Rennes et Lyon, il n’y a aucun ouvrage d’art qui permette de passer un camion sur un train !".
Les serristes inquiets
La flambée du prix de l’énergie affecte également au premier plan les cultures sous serre, grandes consommatrices d’énergie. Un producteur présent au débat s’insurge du plan énergétique breton qui consiste à créer un pôle sur St-Brieuc, ignorant les possibilités de cogénération qui peuvent intéresser les maraîchers.
Directement interpellé, Pierre Maille, qui "n’ignore pas les belles réussites économiques des serristes, et l’emploi qui en découle", n’hésite pas, dit-il, "à s’interroger sur le sens" de telles productions sous nos latitudes. "Pourquoi consomme-t-on tant d’énergie pour produire à contre-saison et exporter, c’est-à-dire consommer encore de l’énergie ?".
D. Le Du
Photo : Le débat qui clôturait les journées de l'Ireo était axé sur la situation particulière du Finistère au regard de la nouvelle donne énergétique (De gauche à droite : Patrick Pèle, transporteur à Saint-Urbain Pierre Maille, président du Conseil général ; Hervé Prima, président de la commission énergie de la Chambre d'agriculture.