
Invitée à l'assemblée générale de la FDSEA, le 18 mars à Bédée, Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA, a réalisé un tour d'horizon des dossiers d'actualité. Elle est en particulier revenue sur les conclusions des Assises de l'agriculture, "face à une OMC débridée, une Pac qui s'étiole, et des marchés plus instables". "Les agriculteurs doivent renforcer le dialogue avec les groupements, les coopératives, les transformateurs privés… dans l'objectif de mieux connaître le marché, d'orienter les productions et de gérer les aléas", a-t-elle déclaré. Concernant les débouchés, pour construire une préférence communautaire, l'estampillage des garanties fournies par les produits européens (sanitaire…) permettrait un protectionnisme commercial. "Mais l'agriculture européenne a aussi vocation à l'export".
L'agricultrice se montre satisfaite de la position commune adoptée par la Bretagne, les Pays de la Loire, la Normandie et le Poitou-Charentes concernant la Pac. "Nous demandons un maintien de la régulation des marchés par les professionnels, mais aussi par l'Europe. Nous devons par ailleurs conserver un budget pour l'agriculture après 2013. Nous préférons que la gestion des risques soit intégrée au 1er pilier, dans les DPU, plutôt que le recours à la modulation".
Concernant le découplage des aides, notamment voulu par la Bretagne, Christiane Lambert parle d'une aide unique à l'hectare à l'horizon 2013, "pour laisser aux agriculteurs le temps de s'adapter". Pour elle, il est important d'anticiper 2013 dans les débats d'aujourd'hui. Et au delà de la Pac, les réflexions sur l'organisation économique seront déterminantes dans la construction du revenu des agriculteurs.
Manque de souplesse
Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a donné son avis personnel sur le découplage. "On devrait faire pot commun sur l'ensemble du 1er pilier, et ensuite regarder comment jouer le rééquilibrage". Le président s'est inquiété de l'avenir des DPU à long terme. "Une aide forfaitaire manque de souplesse. Cela va à l'opposé de la politique américaine plus réactive au marché. Pour être légitime, un budget de politique agricole doit pouvoir servir quand il y a besoin, pour gérer les marchés".
Revenant sur le Grenelle de l'environnement, Christiane Lambert rappelle que les ONG étaient très présentes dans les réunions, rendant les débats plus complexes. "33 comités de suivis ont été mis en place, dont six concernent directement l'agriculture et devraient orienter les lois à venir. Parmi ces six comités ; l'agriculture biologique qui prend de l'ampleur. Si on ne veut pas que de nombreux produits soient importés, ce type d'agriculture doit être davantage prise en compte par les organisations".
Concernant les produits phytosanitaires, le Grenelle vise une réduction de 50% en 10 ans. "Rappelons que depuis 20 ans, les agriculteurs ont déjà baissé leur consommation de plus de 40%. Par ailleurs, nous ne voulons pas de retrait de produit sans solution alternative". Sur le dispositif "Haute Valeur Environnementale", en cours de construction, Christiane Lambert souhaite qu'un maximum de producteurs adhère. Autre dossier dont les conclusions sont attendues pour juin 2008 : le Grenelle du bien-être animal conduit par le ministère de l'Agriculture.
Agnès Cussonneau
Photo : Le 18 mars à Bédée. De gauche à droite : Jean-Michel Lemétayer (président FNSEA), Nathalie Marchand (secrétaire générale FDSEA), Franck Olivier Lachaud (secrétaire général de la préfecture) et René Collin (président FDSEA).