
E n quelques décennies, l'agriculture bretonne a su se hisser à des niveaux de performance technique jamais atteints dans l'histoire. Aujourd'hui, cette prouesse seule ne suffit plus à garantir l'avenir de l'agriculture régionale exposée aux marchés planétaires.
Sous l'étendard "l'union fait la force", le regroupement des structures apparaît souvent comme le bouclier protecteur et le javelot offensif sur des marchés de plus en plus volatils et agressifs. Avec, comme le pose sans détour Jean-Marie Mingam, président de JA 29, le risque de la perte de liberté pour l'agriculteur. Mais le patron des jeunes croit en "l'imagination, l'audace et le courage pour aborder les changements. C'est nous, les jeunes qui devons nous engager dans les changements".
"La mondialisation est une chance"
Invité à l'assemblée de JA 29, Jean-Marc Sylvestre, journaliste économiste libéral et décapant qui intervient quotidiennement sur France Inter, estime pour sa part que "la mondialisation est une chance énorme pour l'agriculture. Car elle ouvre des marchés". À condition de savoir mettre ses produits en avant, comme insiste cet économiste : "En Occident, on est sur des marchés saturés. Il faut donc être imaginatif pour vendre à des consommateurs, des choses qu'ils n'ont pas fondamentalement besoin". D'où cette incitation à investir dans la communication. "Or, les agriculteurs semblent manquer de moyens pour faire de la communication, mais n'en manquent pas pour acheter des tracteurs". Provocation de bon ou de mauvais aloi… le débat peut commencer.
Qui dit communication, dit mise en commun de moyens. C'est sur ce terrain que s'inscrit Guillaume Roué, président d'Inaporc, rappelant que l'interprofession "n'a pas de vocation de gérer les crises – sinon c'est la crispation assurée – mais de faire la promotion du cochon français, notamment à l'étranger. L'enjeu est économique car 30 % du porc est exporté". Et de poursuivre : "Il faut donc arrêter l'idéologie qui voudrait que les vérités de 1975 soient immuables".
Sur ce terrain du jeu collectif où doit évoluer l'interprofession, le président d'Inaporc est rejoint par Jean Le Vourc'h, président de Breiz Europe, qui parle de l'interprofession laitière comme "la plus aboutie des interprofessions agricoles. On l'a vu lors de la crise de l'ESB". Et si des limites doivent être cherchées du côté de cette interprofession laitière, elles se trouvent dans les sphères bruxelloises très à cheval sur la libre concurrence. "C'est pourquoi nous ne fixons pas le prix du lait mais émettons des recommandations de prix que les laiteries suivent ou pas d'ailleurs".
Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture de Bretagne, corrobore cette nécessité de s'organiser. Pour lui, la première étape concerne "d'abord en Bretagne". Et d'évoquer une "décision régionale de mettre en place une cotisation professionnelle".
Financiarisation de l'agriculture
Ce discours de responsables ne semble cependant pas convaincre tous les jeunes agriculteurs. "Nous éleveurs, nous payons des cotisations, mais c'est nous qui avons les prix les plus bas d'Europe alors que les autres pays n'ont pas d'interprofession".
Guillaume Roué saisit cette remarque pour élargir le sujet au regroupement de l'offre. "Aujourd'hui, nous avons un petit caillou dans notre chaussure", métaphore-t-il, en allant droit au but : "Je crois à la concentration et à la financiarisation de l'agriculture". Une financiarisation poussée jusque dans les exploitations. "8 000 exploitations dans le Finistère, 4 000 dans 20 ans. Il faudra donc trouver une autre organisation financière pour assurer la continuité", explique le président d'Inaporc qui conseille aux jeunes d'acquérir "une culture économique, pas seulement centrée sur l'agriculture".
Reste que si l'union fait la force, l'innovation fait la différence. D'où une unanimité des intervenants sur la nécessité d'investir dans la recherche et développement. Là encore, il faut de l'argent. Là encore, il ne faut pas confondre investissement et coûts.
Et pas de tabous non plus sur les voies à explorer comme le suggère J.M. Sylvestre : "Vous n'avez pas senti les attentes de la population en matière de développement durable, d'environnement. Vous avez certes fait des efforts en matière d'environnement, mais des efforts forcés". Et si demain la contrainte se mutait en atout…
Didier Le Du
Photo : Un débat sur la nouvelle organisation économique réunissait (de gauche à droite) Jean Le Vourc'h, président de Breiz Europe ; Jean-Marc Sylvestre, journaliste économique ; Jacques Jaouen, président de la Chambre d'agriculture ; Guillaume Roué, président d'Inaporc.