
Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, ces pays ne font pas office de petits nouveaux sur le marché mondial de la viande bovine. Mais certains d'entre eux s'installent véritablement comme des poids lourds. Ainsi les exportations brésiliennes (deuxième producteur mondial) devraient atteindre, sur 2007, près du tiers du volume de viande échangé dans le monde. Loin derrière se place l'Union européenne, avec 133 000 tonnes équivalent carcasse (tec) de viande bovine exportées (plus de 2 millions de tec pour le Brésil).
L'on sait bien, néanmoins, que les pays de l'Union et ceux d'Amérique du Sud ne sont pas sur un pied d'égalité en matière de conditions de production, et que les distorsions de concurrence (identification, contrôles sanitaires, équarrissage…) sont légion. "Le territoire de l'Argentine, c'est six fois celui de la France", détaille Jean-Claude Guérin aux éleveurs présents à l'AG de la section bovine de Coopagri Bretagne, jeudi 13 à Ploufragan (22). "Ces pays disposent d'atouts indéniables en terme de sols, de climat et d'espace", abonde Gérard Maillet, directeur adjoint de Coopagri Bretagne, qui distingue néanmoins la situation du Brésil, où davantage de terres sont en réserve même si la question de l'Amazonie se pose, de celle de l'Argentine, où la donne est moins vraie.
Des handicaps malgré tout
Mais tout ne saurait être rose au pays de la Pampa et de ses voisins. "Quid des problèmes politiques ?" soulève Gérard Maillet. 25 % de la population brésilienne vit en-dessous du seuil de pauvreté. Un tel niveau d'exportation est-il durable dans ces conditions ? L'Argentine, d'ores et déjà, a pris des mesures gouvernementales en 2006 afin de contenir le prix de la viande sur le marché intérieur. Sans compter que la concurrence fait rage, au sein du pays, entre l'élevage et les cultures et qu'elle tourne souvent en faveur des cultures.
Par ailleurs, les conditions de production parfois discutables pratiquées au sein de ces pays ne sont pas sans conséquence. Ainsi les exportations de viande du Brésil vers l'UE sont, depuis fin janvier, partiellement bloquées faute de garanties sanitaires suffisantes. Pour combien de temps, telle est la question. Et puis, prévient Michel Mariette, chargé de mission auprès de la direction de Socopa, "les pays d'Amérique du Sud sont conscients de leurs freins en matière d'exportation. C'est pourquoi ils se positionnent en prenant des parts au sein de sociétés notamment européennes (JBS, n°1 brésilien du bœuf, a ainsi pris en 2007 50 % du groupe italien Inalca). À force de prises de participation et de concentrations, le risque est qu'ils puissent influencer les décisions à l'OMC."
Garder notre avance
Alors, quelle stratégie adopter ? Pour Socopa, il s'agit de savoir quel marché on vise. "Notre stratégie n'est pas d'acheter au Brésil et de vendre en Russie (ndlr : leur premier client) mais de valoriser le produit de nos actionnaires sur notre marché, qui est l'Europe." Un marché qui se différencie par le degré d'exigence particulier fixé aux éleveurs. Et même si cette exigence apparaît parfois comme une difficulté ou une injustice, elle s'avère en même temps très précieuse : "il faut continuer à être irréprochable en matière de production, le consommateur saura reconnaître la différence", assure Jean-Claude Guérin. Le message n'est pas différent du côté du président de la section Didier Yon : "il faut maintenir notre production, raisonner à long terme et ne pas lâcher prise. La place que nos concurrents prendront, c'est celle que nous leur laisserons". En deux mots : rester mobilisés.
Anne-Laure Lussou
Photo : Les intervenants à la table ronde : Michel Mariette, chargé de mission auprès de la direction de Socopa, Gérard Maillet, directeur adjoint de Coopagri Bretagne, Didier Yon, président de la section viande et Jean-Claude Guérin, directeur d'Interbovi.