
L a raréfaction du pétrole, la nécessité de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, l'augmentation de la demande de biens au niveau mondial et l'intérêt récent des fonds d'investissements influent sur les prix des matières premières. Ils se maintiendront à des prix élevés dans la durée. Les conséquences pour l'industrie agro-alimentaire bretonne pourraient être conséquentes. Les entreprises et les politiques devront anticiper le renchérissement de la ressource pour sauvegarder la compétitivité et l'emploi.
1-De la valeur ajoutée pour l'emploi
"L'enjeu est de conserver la productivité des entreprises" déclare Jean Pierre Bompard, délégué à l'énergie et au développement durable à la CFDT "Les pays non signataires des accords de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz pratiquent une sorte de dumping. C'est une concurrence déloyale pour notre industrie. Il faut se donner les moyens de négocier à l'OMC pour se protéger". Plus concrètement, Hervé Thiboult, élu à la Chambre et représentant des salariés, s'inquiète de la faible valeur ajoutée dégagée par la filière agro-alimentaire bretonne et des moyens alloués à la recherche et à l'innovation dans le secteur d'activité. "Nous ne sauvegarderons des emplois dans la région qu'en augmentant la valeur ajoutée de l'industrie". Il se dit également préoccupé par le manque d'attractivité des métiers agricoles et agro-alimentaires. "La communication ne suffit pas. Ce sont les salaires et les conditions de travail qui rendent les métiers attractifs". Sur ce sujet, Michel Guernevez, administrateur de la Cecab, avance la loi de l'offre et de la demande. "Pour rémunérer, les entreprises doivent effectivement créer de la valeur ajoutée, par l'innovation notamment. Ensuite si l'offre d'emploi est supérieure à la demande, les salaires suivent. C'est le cas, par exemple en production porcine".
2-Restructurations d'entreprises
Alain Thibout considère que la demande de maintien d'outils de régulation et de gestion des marchés agricoles, soutenue par la FRSEA, pour contenir la libéralisation de la Pac, n'est pas suffisante pour préserver la compétitivité du secteur économique. "Les filières bretonnes manquent d'organisation face à la grande distribution. Les coopératives sont pourtant nombreuses et devraient avoir les mêmes intérêts". Restructurer pour peser? "Oui, mais pas toujours facile" répond Michel Guernevez. "Il faut y aller prudemment et par étapes. Le résultat d'une entreprise dépend de très peu de choses". Pour Laurent Kerlir, avant de restructurer, les entreprises doivent s'organiser sur le marché par des accords commerciaux à l'export, par exemple.
3-Agrocarburants
"Une aberration! On marche sur la tête ! Pas de blé dans les voitures des riches!" Michel Guernevez fustige l'utilisation des agrocarburants. Outre le problème d'éthique, il pointe du doigt les conséquences sur les autres filières. "Le prix des céréales est tel que nous devons augmenter les contrats en légumes de 8% pour conserver la production. Il faudra les répercuter intégralement à la distribution sous peine de mettre toute la filière en danger. Avec le risque d'exclusion de nos produits en grandes surfaces". Le prix des viandes blanches s'indexera également sur le prix du blé à moyen terme. Laurent Kerlir acquiesce et marque ainsi sa différence avec une position nationale de la FNSEA favorable aux agrocarburants. "Combien de temps gardera-t-on le mythe de l'unité à la FNSEA?" s'interroge un représentant de la CFDT, faisant remarquer que les céréaliers détiennent le pouvoir décisionnaire du syndicat avec seulement 10% d'adhérents.
4-OGM
"Le problème vient de la distorsion de concurrence" déclare Laurent Kerlir. "Je n'y suis pas franchement favorable mais si les pays voisins en produisent, nous serons pénalisés". Michel Guernevez ajoute : "Les OGM permettent d'abaisser les coûts de production du porc aux États Unis. Ces porcs se trouvent en concurrence sur le marché mondial avec les miens. Ce n'est pas facile à accepter". La traçabilité étant, pour le moment, difficile à réaliser, le syndicat CFDT, par la voix de Jean Pierre Bompard, préconise de geler la production et de poursuivre la recherche pour ne pas être dépendant des pays anglo-saxons.
Bernard Laurent
Photo : (De gauche à droite) Michel Guernevez, administrateur Cecab, Laurent Kerlir, président de la FRSEA et Jean Pierre Bompard, délégué à l'énergie à la CFDT ont débattu lors d'une table ronde organisée par la commission Emploi de la Chambre d'agriculture. (Absents sur la photo: Hervé Thiboult, représentant des salariés et Alain Le Bout, animateur).