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Côtes d'Armor (22)
JA 22 / Assemblée générale - S’installer pour bien vivre et vivre bien
 
L ’installation est plus qu’un projet professionnel, c’est d’abord un projet de vie. D’où ces deux expressions qui se complètent de plus en plus : viabilité et vivabilité. Ou plus pragmatiquement la capacité d’un jeune et parfois moins jeune à allier les contraintes économiques et la nécessaire rentabilité d’un outil, et des conditions de vie correctes, supportables par le jeune et par sa famille. Le sujet était au cœur du rapport d’orientation de l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs jeudi 6 mars à Caulnes.

Sous ce terme de vivabilité, les jeunes englobent le travail qui doit rester dans la limite du supportable, la charge mentale face aux risques financiers, aux aléas de certains marchés de plus en plus volatiles, le poids de l’administratif et du réglementaire, la sécurité au travail. Les rapporteurs revendiquent la notion d’entrepreneur, la qualité de technicien que requiert la conduite d’un ou plusieurs ateliers animal ou végétal, la volonté de rester acteur de son territoire, citoyen engagé dans la vie locale, capable de dégagé du temps pour lui, pour sa famille, pour les autres.

La pression de l’installation

De fait aujourd’hui, ils veulent que la nouvelle démarche du parcours de l’installation intègre tous ces aspects. « Et pourtant, note Patrice Binet, président des Jeunes Agriculteurs 22, les jeunes ont beaucoup de mal à s’extraire de la pression de l’installation pour se poser la question de le vivabilité ». D’où cette idée d’une fiche à remplir lors de l’autodiagnostic qui permette au jeune d’au moins prendre le temps de se poser quelques questions autour des ces différents points :objectifs de vie, conditions de travail, revenu, socialisation. Un autodiagnostic qui donnerait lieu à des journées d’échanges ensuite dans les 3 à 5 ans suivant l’installation.
Le rapport qui a précédé un débat conclut sur la volonté des Jeunes Agriculteurs de défendre tous les projets quelle que soit leur forme à condition qu’ils soient à la fois viables et vivables.

Si l’on en croit les différents intervenants à la table ronde, il y a sûrement encore beaucoup de travail à réaliser dans ce sens. Car comme le souligne, Patrick Samson, conseiller installation à la Chambre d’agriculture «l’installation, c’est la concrétisation d’un rêve, et si les aspects économiques sont bien étudiés (cohérence des moyens de production, objectifs …), les autres comme le temps de travail restent plus dans l’ombre ». La réflexion est sans doute différente entre un jeune qui s’installe à 20 ans, et un autre qui a déjà une expérience professionnelle, une famille, des habitudes de week-end ou de congés, voire des responsabilités … « Ceux-là sont prêts à faire des efforts mais pas à tout perdre ».

Au moins les mettre en garde

Danielle Even, secrétaire général de la Chambre d’agriculture, qui s’est installée relativement tardivement après une expérience professionnelle autre, approuve. Mais rappelle que « le caractère viable reste le chapeau d’une installation ». Elle précise cependant que « lorsque la conjoncture est difficile et que la rentabilité c’est-à-dire le viable » est moins présente, heureusement il y a le vivable qui permet de mieux supporter les périodes délicates.
Preuve aussi de la prise en compte de cet aspect vivabilité, le témoignage de Sylvie Le Clec’h-Ropers, directrice du Sdaec. Elle souligne que le motif remplacement « vacances - week-end » est celui qui a le plus progressé ces dernières années, bousté aussi par le crédit d’impôts.

Philippe Leymat, agriculteur en Corrèze, et secrétaire général adjoint du syndicat JA national, adhère en rappelant que ce qui est lourd, ce n’est pas le travail, mais plutôt l’astreinte. « Le profil des candidats à l’installation change, et la population agricole ne vit plus en vase clos confrontée parfois au regard ou à l’attitude de personnes venues ou revenues dans le milieu rural avec des clichés ». L’ouverture s’impose aussi du fait que tout comme lui « 80 % des jeunes agriculteurs sont mariés ou vivent avec quelqu’un qui exerce une activité professionnelle à l’extérieur ».
Il conclut sur la liberté que chacun doit préserver pour bâtir son projet. « La vivabilité appartient à chacun, et si quelqu’un veut travailler 50 ou 60 heures par semaine, pourquoi pas. Par contre, pas question de les laisser s’engager sans les mettre en garde ».

Pierre Dénès

Photo : Patrice Binet,  président des JA 22 


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Date de l'article : semaine du N° du 14 au 21 Mars 2008
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