
Le secteur laitier avait besoin de ce vent d'optimisme. Le président de la section lait de Coopagri Bretagne, Jacques Guillou, l'accorde : "Pour le coup, tout va bien. Les producteurs ont le moral. Pour eux, c'est rassurant de pouvoir accélérer au niveau de la production".
Les producteurs très réactifs
Autrement dit, depuis la mi-2007, le revirement de conjoncture a redonné des couleurs aux producteurs de lait. Des producteurs trop longtemps bridés par les deux bouts : le prix et le volume. Alors, quand on ouvre les vannes des deux côtés, ils savent faire. Tant et si bien que des observateurs nationaux disaient sous cape que l'Ouest allait bientôt à lui seul rattraper toutes les sous-réalisations nationales.L'attribution de références supplémentaires a en effet montré que la réactivité des éleveurs était intacte. Au rythme de + 4 % sur l'ensemble de la campagne, les vaches bretonnes ont littéralement fait exploser leur pis ces trois derniers mois avec + 15 % de collecte. Une belle performance technique dans les fermes, mais qui mériterait d'être analysée sur le plan économique. La question étant de savoir quel a été le coût de production réel de ce lait et surtout quelle marge a-t-il laissé aux éleveurs.
"Il faudra que les éleveurs apprennent à gérer ces suppléments de production qui seront variables d'une année sur l'autre", prévient J. Guillou, pas certain que la prochaine campagne se verra attribuer les mêmes largesses. "Aujourd'hui, la Commission parle de + 0,5 % pour la campagne à venir ; les discussions entre l'Office de l'élevage et l'interprofession pourraient déboucher sur une augmentation de + 2 % à laquelle on peut penser que s'ajouteront +2-3 % de fin de campagne. On est loin du compte de l'année dernière".
Ce retour probable à des progressions à un chiffre, conduit Jacques Guillou à préciser que "la fin annoncée des quotas n'est pas la fin de la maîtrise de la production". Et d'évoquer le sujet délicat de la contractualisation. "Il faudra s'y atteler mais sans créer d'usines à gaz".
Juguler la volatilité
Reste qu'au niveau de la laiterie, il a fallu digérer cet afflux de production sur une courte période. Les tours de séchage tourneront à plein régime jusqu'à la fin mars. Cet afflux de marchandise n'étant pas sans lien avec la baisse vertigineuse du prix de la poudre de lait ces dernières semaines.
Cette réalité de marché conduit Christian Griner, directeur du département des productions laitière et bovine de la coopérative, à mettre l'accent sur la volatilité qui touche aujourd'hui la filière. Une volatilité qui, elle aussi, débarque par les deux bouts : par les prix du marché qui ont montré qu'ils peuvent descendre aussi vite qu'ils montent ; par les volumes de production qui se concentrent sur de courtes périodes au gré de l'attribution de références supplémentaires.
Difficile de gérer une laiterie dans ces conditions. D'où le souhait affiché de la section laitière de renouer avec une certaine stabilité. Stabilité dans la production d'abord. "Aujourd'hui, la saisonnalité de la production est trop marquée", observe C. Griner qui verrait d'un bon œil que les éventuelles annonces de rallonge de quotas soient connues beaucoup plus tôt en saison. Sans compter que cette année, Coopagri Bretagne, comme les autres laiteries bretonnes, s'attend à de fortes livraisons printanières compte tenu du faible coût de production du lait à l'herbe.
Didier Le Du
Photo : De gauche à droite : Christian Griner, directeur du département des productions laitière et bovine ; Jacques Guillou, président de la section lait ; Pierre Quéré, vice-président.