
Les cours du porc ont amorcé la remontée tant espérée par les éleveurs. Jeudi 28 février au cadran de Plérin, ils ont progressé de 5 centimes d’euro. Hausse confirmée lundi par une nouvelle augmentation de 1 centime. L’offre semble se réduire et les abatteurs se montrent de fait un peu plus enclin à appuyer sur le bouton, car l’activité demeure forte.
La présence des éleveurs jeudi, venus dénoncer le retard pris par les cours sur le marché français par rapport aux concurrents allemands et espagnols a contribué à renforcer cette hausse, portée à son maximum (5 centimes pour la cotation du jeudi), permise par la convention du MPB.
Respect des accords
Les éleveurs enregistrent avec un certain soulagement cette tendance haussière, même si elle ne permet pas encore, loin s’en faut, de s’approcher des coûts de production. Quelques voix se sont élevées jeudi pour souhaiter des augmentations plus conséquentes. Tant il est vrai que par petites touches, il faudra du temps pour atteindre le seuil de rentabilité et plus encore pour refaire les trésoreries qui se dégradent de façon vertigineuse. Le prix de l’aliment reste élevé. Les fabricants n’annoncent pas de retour à une situation plus favorable avant plusieurs mois. Et il n’est pas du tout certain ce mouvement sur les cours ne subisse pas quelques revers.
Plusieurs éléments font obstacle à la demande des éleveurs. Le premier lié à la convention de marché évoquée plus haut. Elle limite la hausse de la semaine au MPB (jeudi + lundi) à 6 centimes. Jean-Jacques Riou, président a rappelé que cette convention avait été difficilement négociée et qu’en tant que président, garant de son application, il ne pouvait demander de passer outre.
Le second élément, évoqué par les abatteurs présents, est la capacité des commerciaux à répercuter les hausses en aval de l’abattage auprès des salaisonniers ou de la grande distribution. Son représentant (Fédération des acheteurs du cadran) a jugé irréaliste de penser passer sur une semaine des hausses de 10 ou 15 centimes. Précisant en outre que les acteurs français ne peuvent se déconnecter des autres marchés, au risque de perdre de la compétitivité.
Sur ce dernier point, les représentants des éleveurs (FDSEA-JA), Jean-Jacques René et Didier Lucas, appuyés par quelques présidents de groupements, les ont néanmoins incité à préparer les opérateurs de l’aval à de nouvelles hausses. « Elles sont indispensables pour les éleveurs, mais aussi pour l’avenir de la filière ».
Visite d’une grande surface
Ils ne se sont d’ailleurs pas contentés de mettre en garde les abatteurs. Avant même la fin du marché, ils se sont retrouvés dans une grande surface de l’agglomération briochine, là aussi pour faire pression. Une vingtaine d’éleveurs, pour une petite visite courtoise destinée à contrôler les marges de la distribution. Un tour dans les rayons et une discussion avec le responsable qui accepte de sortir le dernier bon de livraison et la facture. « Nous constatons que de la longe achetée 2,30 euros le kilo dans un abattoir de la région se retrouve après découpe en rayons entre 7,50 et 8 euros le kilo ».
La visite a aussi mis en évidence l’opacité de la grande distribution et la grande difficulté pour les éleveurs et leurs responsables à vraiment cerner ce qui se pratique Pêle-mêle dans la discussion se télescopent les arguments des uns et des autres autour du prix d’achat, la vente de portions à l’unité, évidemment plus élevée que la vente en caissettes, les promotions qui représenteraient selon ce distributeur 45 % des volumes, les prix de fonds de rayons jugés parfois dissuasifs… Difficile de s’y retrouver et au final malgré les vérifications faites, ce n’est guère plus claire à la sortie.
Les éleveurs n’en démordent pas : « la grande distribution se fait du gras sur notre dos avec des marges démesurées ». Ils annoncent que dans les autres pays, le prix de vente au consommateur est moins élevé qu’en France, alors que dans l’immédiat ils sont mieux payés. Et concluent avec une réelle détermination : « Nous ne voulons plus entendre que la grande distribution ne veut pas accepter les hausses, car 25 ou 30 centimes d’euros de plus ne représentent pas grand-chose dans la marge du distributeur, mais elle permettrait aux éleveurs d’entrevoir la sortie de crise ».
Pierre Dénès
Légende : Les éleveurs ont profité de leur visite au MPB pour de nouveau mener une action auprès de la Grande distribution