
D epuis environ quinze ans, les collectivités du Pays de Rennes et les acteurs agricoles du territoire mènent des actions et études en commun. "Peu à peu, les urbains ont pris conscience qu'il fallait certes s'occuper de nos bourgs, nos villes, mais aussi des espaces agricoles autour. Nous sommes passés d'une opposition à une observation. Les destins de la ville et de l'agriculture sont désormais liés", a précisé Philippe Tourtelier, président du Pays de Rennes, lors de la signature du Programme local de l'agriculture "Les agriculteurs au cœur de la ville archipel", le 25 février à Betton.
La Chambre d'agriculture 35, la Safer Bretagne, le Pays de Rennes et Rennes Métropole se sont engagés dans un partenariat, officialisé par un accord-cadre. "Le but est de construire ensemble l'avenir de l'agriculture du bassin rennais qui participe à l'économie locale et à l'attractivité du Pays de Rennes". Les 1 400 exploitations (780 en production laitière) du Pays de Rennes génèrent 3 200 emplois agricoles (dont 1 000 salariés), et indirectement 3 000 emplois dans les industries agroalimentaires, sans compter le tertiaire, l'enseignement…
Mais cette agriculture "au milieu de la ville" est fragilisée. "46% des surfaces du Pays sont dédiés à l'agriculture. Mais le secteur a perdu 6% de SAU entre 1999 et 2005 (contre 3,6% dans le département). Le développement du Pays ôte 630 ha par an à l'agriculture. De même, le nombre d'exploitations a chuté de 17% en 6 ans", a chiffré Joseph Ménard, président de la Chambre d'agriculture 35.
Dans le cadre du Programme local de l'agriculture, les partenaires vont s'attacher à "concilier urbanisme, foncier et agriculture" autour de l'anticipation foncière (veille du marché foncier, réserves), de la médiation pour des échanges parcellaires, de la mise en œuvre du Scot (schéma de cohérence territoriale), de l'élaboration des Plu (Plans locaux d'urbanisme).
Trop de terres vers les loisirs
L'accord-cadre vise également à conforter le bocage dans ses multiples rôles : paysage, régulation hydraulique, biodiversité, ombrage pour les troupeaux, rôle agronomique, énergie renouvelable. Par ailleurs, "l'accessibilité des chemins bocagers offre aux citadins des espaces récréatifs qui, en compensation, permettent de limiter l'emprise foncière des zones de loisirs nouvelles", expose l'accord-cadre. "Sur les 6 000 ha qui ont quitté l'agriculture en 2006, on estime à 4 000 ha les terres qui ont été orientées vers les loisirs", précise Joseph Gautier, président de la Safer Bretagne.
Parmi les autres objectifs : l'adaptation au nouveau contexte énergétique et climatique. "Il convient de maîtriser les consommations d'énergie et de valoriser les ressources renouvelables agricoles (biomasse, éolien, solaire…)". De même, les liens entre citadins et agriculteurs vont être renforcés, avec notamment un développement des activités agricoles tournées vers la ville (circuits courts, accueil à la ferme, partenariats avec les collectivités pour des projets de méthanisation, de co-compostage…).
"Pour agir à bon escient, les acteurs utiliseront des bulletins annuels de synthèse publiés par un Observatoire de l'agriculture. Il fera le point sur les différentes thématiques du programme". Et chaque année, un plan d'actions sera établi, avec en face les moyens de sa mise en œuvre.
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Joseph Gautier (président de la Safer Bretagne), Joseph Ménard (président de la Chambre d'agriculture 35), Philippe Tourtelier (président du Pays de Rennes) et Bernard Poirier (vice-président de Rennes Métropole).