
Il y a quelques semaines, la plupart des acteurs de la profession émettaient de sérieux doutes sur la capacité des laboratoires à répondre au rapidement à la demande en vaccins contre la fièvre catarrhale. Il apparaît aujourd’hui que la réactivité des Pouvoirs publics et des laboratoires a été bonne. D’autant plus appréciée que même en cette période hivernale, le virus continue sa progression (plus de 17 000 cas recencés).De fait, dès le mois de mars/avril, le vaccin pour le virus dit sérotype 1, qui concerne quelques départements du Sud-Ouest de la France et la Corse, sera disponible. Une vaccination obligatoire pour les éleveurs de ces zones. Quelques semaines plus tard, en avril, commencera également à être commercialisé le vaccin contre le virus dit sérotype 8. Au final avant la fin août, tous les éleveurs pourront vacciner leur cheptel. La vaccination contre le virus sérotype 8 est facultative, mais les responsables ne doutent pas qu’elle sera adoptée par une majorité d’éleveurs.
Laisser le choix aux éleveurs
Concrètement, la vaccination débutera dans les 16 départements du nord et de l’est de la France, dans les régions les plus touchées. La vaccination s’étendra ensuite à l’ensemble du territoire en commençant par les petits ruminants suivi du cheptel bovin reproducteur (mâle et femelle). Un débat a eu lieu au sein de la profession, les responsables des zones pas encore touchées par la maladie auraient souhaité que la vaccination débute dans leurs secteurs pour établir une barrière. Mais ils comprennent aussi que les régions et les éleveurs qui ont déjà subi de lourdes pertes économiques soient pressés d’avoir la vaccination.
Plus délicate et toujours sujet de polémique, la position adoptée par les autorités françaises, et non imposée par Bruxelles, selon laquelle la vaccination devrait être opérée par des vétérinaires. « Même en se mobilisant tous, en faisant intervenir des étudiants des écoles vétérinaires, voire en demandant à des vétérinaires en retraite de reprendre du service, ils sont incapables de pouvoir intervenir aussi rapidement que souhaitable », note Jean-François Tréguer, le président de l’Union Bretonne des GDS. (voir hors-texte).
Un sujet qui fait d’autant plus débat que sur le terrain, les vétérinaires praticiens reconnaissent ne pas avoir les moyens de répondre à cette nouvelle demande. La profession continue donc d’appuyer pour que l’éleveur ait au moins le choix, soit de vacciner lui-même soit de faire appel à son vétérinaire. « Dans les autres pays européens, les éleveurs ont la possibilité de vacciner eux-mêmes », concluent les responsables. À noter enfin que le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a annoncé qu’ « afin de limiter autant que possible les restrictions au commerce des broutards français vers l’Italie, un lot de vaccin inactivé autorisé par l’Afssa pourra être utilisé dès la semaine prochaine ».
Efficacité et coût
La position professionnelle pour une possibilité de vaccination par les éleveurs, sous contrôle vétérinaire, s’appuie sur deux arguments essentiels :d’une part les producteurs de porcs dans le cadre de la prophylaxie Aujezky ont pu réaliser eux-mêmes la vaccination et cela a très bien fonctionné.D’autre part, le coût supporté par les éleveurs dans le cadre de l’intervention vétérinaire est loin d’être négligeable. « Car, explique Patrick Le Provost, directeur de l’UBGDS, si le vaccin est pris en charge à 100 % par un financement public (Union européenne et France), l’injection n’est financée qu’à hauteur de 1 euro ». Or la profession vétérinaire affirme que le minimum facturé à l’éleveur par infection serait de 2 euros, multipliés par deux, puisque pour assurer la couverture vaccinale annuelle il faut 2 injections à 4 semaines d’intervalles. « Cela représenterait 60 millions d’euros à la charge des éleveurs ».
Pierre Dénès
Photo : Tous les ovins et bovins français devraient pouvoir être vaccinés avant la fin août.