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S ur les marchés agricoles, les cours font désormais le grand écart. Cette volatilité croissante déstabilise les producteurs. Les éleveurs en particulier sont confrontés au manque de visibilité sur le prix de vente de leurs animaux et le prix d’achat de leurs aliments. Face au risque sur les prix, certains souhaitent se protéger. Des techniques financières le permettent. Il s’agit des Marchés à Terme (MAT). Aux Etats-Unis, ils existent depuis 1848. L’Europe les développe depuis à peine plus de dix ans. A l’image d’Euronext Paris pour le colza, le blé et le maïs et de la bourse de Hanovre pour le porc. Sur ces marchés, il est possible de vendre ou d’acheter dès maintenant, des biens qui ne sont pas encore produits. Le prix négocié est fixe, c’est l’intérêt. Il figure dans un contrat à échéance mensuelle (3 mois, 6 mois…). Au terme de cette échéance, la marchandise doit être livrée. En théorie. Pas en pratique. A moins de devoir livrer des porcs en Allemagne dans un abattoir agréé. Dans la réalité, un opérateur du marché à terme conclut un deuxième contrat avec la même échéance, mais de sens contraire. Un vendeur devient ainsi acheteur et inversement. Si bien que les deux contrats s’équilibrent. C’est ce qui s’appelle « dénouer sa position ».
De Hanovre au cadran de PlérinPrenons l'exemple d'un éleveur de porc (cf tableau). Il vient de mettre en place un lot de 100 porcs à l'engraissement. Il aura donc 8 tonnes à commercialiser en juin. Etape1 : Le contrat à échéance "juin" s’affiche à Hanovre à 1,57 € / kg. Avec un écart de base estimé à 24 cts / kg entre le marché de Plérin et la bourse de Hanovre, le prix équivalent (objectif) ressort à 1,57 – 0,24 = 1,33. En ajoutant la plus value (15 cts), il peut donc vendre ses porcs dès aujourd'hui à 1,48 € / kg ! Estimant que c'est intéressant et que ça couvre ses coûts, il vend sur le MAT ! Etape 2 : Avant le terme, il dénoue sa position en achetant un nouveau lot de 8 tonnes à l'échéance "juin". Deux cas possibles : entre février et juin, soit le marché a baissé, soit il a augmenté (par exemple de 20 cts). Il enregistre donc un gain ou une perte de 20 cts sur le Marché à Terme. Etape 3 : En juin, ses porcs sont vendus comme d'habitude au groupement sur la base du MPB, toujours avec un même écart de base de 24 cts par rapport au MAT. Son total perçu est bien 1,48 € / kg de porc commercialisé.
Echapper à la spéculationOn comprend donc qu'ayant couvert ses 100 porcs en début d'engraissement par un contrat MAT, l’éleveur garantit son produit final. Il reste donc dans une logique anti-spéculative. En effet, dans la première hypothèse, la sécurité qu’il a pris le conduit au final à ne pas supporter la baisse de cours mais dans la seconde hypothèse il ne bénéficie pas de la hausse. Il est possible d'aller plus loin dans la protection en allant sur le MAT des céréales ou des tourteaux et en prenant des positions acheteurs pour couvrir le risque de prix sur l'aliment. Ce faisant, un engraisseur couvre son risque de prix sur ses ventes et ses achats! Bien utilisé, le MAT peut devenir un outil de gestion très pertinent. Pour autant, sa mise en œuvre est plus complexe que le schéma présenté ici. Dans la réalité, le MAT et le cours physique connaissent une légère distorsion à l'approche de l'échéance. De plus, il faut déduire de la marge financière, des frais d'intermédiaires et de caution bancaire. Enfin, on peut acheter des contrats à terme, mais aussi des contrats dérivés plus complexes. Par ailleurs, une des principales incertitudes sur ce marché concerne le volume des transactions. Y aura-t-il en permanence suffisamment d'acheteurs et de vendeurs ? L'autre limite est propre à chaque éleveur. La tentation de spéculer peut entraîner sur une pente dangereuse. Il convient donc d'être vigilant en limitant les engagements au MAT, à une partie seulement de sa production. Il est bon aussi de se fixer des objectifs et d’être actif sur le marché, le suivre régulièrement, diversifier les périodes de couverture... Et puis avant de se lancer, mieux vaut s'informer, se former, en s'entourant de bons conseils.
Luc Mangelinck CER France Ille-et-Vilaine
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