
Nous nous sommes basés sur un prix moyen de vente (sortie exploitation) de notre variété témoin, Paola, de 2 euros du kilo, explique Maët Le Lan, chef de cultures à la station expérimentale horticole d'Auray. Afin d'obtenir la même marge avec les deux anciennes variétés testées, toujours en mode bio, qu'avec la Paola, nous avons calculé qu'elles devaient être vendues par le producteur à 2,35 euros/kg pour la Rose de Berne et 2,55 euros/kg pour la Noire de Crimée." La culture des deux anciennes variétés testées s'avère donc financièrement cohérente dans un système de vente directe, système choisi par la majorité des maraîchers bio du Morbihan.
Objectif : des repères
Les deux variétés testées ont été retenues parmi une douzaine d'anciennes variétés de tomates, elles-mêmes dépoussiérées par le Groupement d'agriculteurs bio (Grab) d'Avignon. Dans une optique d'évaluation variétale, le groupement a planché sur leur rendement et leur intérêt gustatif. Se basant sur ces résultats, le groupe breton a retenu deux des variétés pour une culture en Bretagne, la Rose de Berne et la Noire de Crimée. Objectif : donner des références techniques et économiques aux maraîchers biologiques souhaitant diversifier leurs types de tomates.
Plusieurs modes de culture (différents greffages, non greffage) ont été testés dans l'expérimentation bretonne. Au terme de la seconde année d'étude, la Paola (greffée sur la variété Beaufort) a continué de fournir les meilleurs rendements (15 kg/m2). Mais la variété Noire de Crimée (greffée sur Maxifort en deux têtes) l'a suivie de près, avec un rendement moyen de 11,8 kg/m2. Non loin derrière, la variété Rose de Berne (non greffée sur une tête) s'est caractérisée par un rendement moyen de 11 kg/m2.Si les rendements ont été au rendez-vous, le poids des déchets s'est avéré problématique pour les deux anciennes variétés. Il a ainsi pu atteindre, en 2006, 2 kg/m2 pour la Noire de Crimée non greffée (contre 0,30 kg/m2 en Paola non greffée). En 2007, l'augmentation de la densité, en Noire de Crimée, a sensiblement réduit le taux des déchets, mais pas suffisamment pour atteindre les résultats de la variété témoin.
Réservées au circuit court
"La Noire de Crimée comme la Rose de Berne demeurent adaptées à un circuit court de vente directe, conclut Maët Le Lan. Nous avons été les faire goûter aux consommateurs sur les marchés. La première année, ils se sont plaint de la mauvaise conservation des tomates. La seconde année, ils sont revenus en demander, séduits par leurs qualités gustatives. Pour que les consommateurs adoptent ce type de variétés, il faut donc que les producteurs réalisent, en amont, un important travail d'explication. Les critères de goût et de conservation ne sont pas toujours très compatibles."
Anne-Laure Lussou
Résultats présentés lors de la journée technique d’Inter Bio Bretagne, mercredi 30 janvier 2008, à Loudéac.
Photo : Intéressantes sur beaucoup d'aspects, les deux anciennes variétés se conservent cependant moins bien que les variétés classiques.