
A l'occasion de ses journées techniques qui se déroulaient les 30 et 31 janvier sur Brest et sa région, l'Astredhor, institut technique horticole français, avait mis en avant le thème de l'énergie. "Le coût des énergies fossiles a fortement augmenté et cette hausse va perdurer. Comme les bâtiments d'élevage, les productions sous serre affichent des consommations énergétiques très élevées", ont cadré les intervenants. Ces consommations pèsent fortement sur le coût de production. Elles inquiètent aussi le grand public sensible aux questions environnementales.Lors des journées techniques, une étude baptisée "Utilisation rationnelle de l'énergie, situation technico-économique en 2005 et leviers d'action actuels et futurs" a été présentée. Cette étude avait été confiée par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) à l'Astredhor, au CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes) et à l'INH (Institut National d’Horticulture) (l'Ademe a confié le même type d'analyse portant sur les bâtiments d'élevage aux instituts concernés).
Gaz naturel sur la moitié des surfaces
L'étude a d'abord permis de dresser un état des lieux français (saison de chauffe 2004-05). "Trois quarts des entreprises horticoles avec abris (verre ou plastique) sont en mono-énergie. Le gaz naturel est utilisé sur 48% des surfaces chauffées. Viennent ensuite le fioul domestique et le propane (chacun 20%), puis le fioul lourd (7,5%)", a chiffré Sanassy Wuillai de l'Astredhor.
"Le parc de serres chauffées actuel est couvert à 60% par des serres verre, âgées en moyenne de 21 ans (16 ans dans l'Ouest) et hautes de 2,8 mètres (3,5 m dans l'Ouest). 29% sont couvertes par des serres plastiques double paroi gonflable, 8% par des tunnels et 3% par des serres plastique simple paroi. Le poste énergie représente en moyenne 11% des charges de production".
Les questionnaires réalisés auprès des producteurs, mis en parallèle avec une veille internationale et l'appui d'experts, ont aussi permis de définir des leviers d'actions à court, moyen et long terme. Des réalisations touchant à la structure des serres sont listées : isolation des parois, matériaux de couverture, pose d'écrans thermiques (ces derniers sont déjà fortement employés dans l'Ouest). "Concernant le système de chaleur, des actions telles que la pose d'un condenseur sur la chaudière, le stockage de l'eau chaude, la cogénération peuvent être envisagées. La gestion climatique peut aussi être améliorée : ordinateur central, intégration des températures, déshumidification".
Des variétés moins gourmandes en chaleur
Les leviers d'action comprennent aussi les énergies alternatives. Sur le bois et autres biomasses, sur le biogaz (méthanisation), des con-traintes spécifiques sont à appréhender : l'approvisionnement à sécuriser, la qualité du combustible, la gestion du stockage, la maintenance. Sur les pompes à chaleur, la performance des systèmes devra être testée. Pour la géothermie (utilisation de la chaleur du sol), la rentabilité économique sera à quantifier. Autre solution : la mise en place de variétés pouvant se cultiver à des températures plus basses, supportant une plus large gamme de température, avec des cycles de culture plus courts…
Pour appuyer les producteurs dans leurs évolutions, des diagnostics énergétiques vont être proposés au cas par cas. Le concept "serre-capteur d'énergie" va par ailleurs être étudié au CTIFL sur une durée de 4 ans. Ce projet consiste à mettre au point une serre autonome en énergie en stockant l'énergie thermique en aquifère (avec un système de climatisation réversible). Autant d'opportunités que les serristes vont devoir intégrer pour être toujours là demain.
Agnès Cussonneau
Photo : L'économie d'énergie dans les serres présente un enjeu économique, mais aussi sociétal.