
Malgré les efforts réalisés pour relancer la production ovine en Bretagne, le renouvellement des éleveurs se fait difficilement. En effet, la coopérative Ovi-Ouest a perdu 14 adhérents ovins en 2007 et près de 2 200 brebis. Les créations d'ateliers n'ont pas permis, pour l'instant, de combler la perte de brebis et d'agneaux liée aux cessations d'activité.
Vieillissement des éleveurs
Ce sont surtout les ateliers de petite et moyenne taille (au-dessous de 200 brebis) qui diminuent. Il s'agit souvent d'ateliers complémentaires. A l'inverse, les ateliers de plus de 200 brebis se maintiennent. Ils représentent aujourd'hui 16 000 brebis sur les 23 500 du groupement, soit plus de 70 % des effectifs totaux. "Le quart des éleveurs de brebis d'Ovi-Ouest a plus de 55 ans", explique Jean Le Cadre, président. "Il devient donc urgent d'installer de nouveaux éleveurs". Les freins sont toujours présents : un foncier peu disponible et très sollicité par d'autres éleveurs, une amélioration du contexte économique en lait et céréales, et des ateliers ovins parfois difficilement reprenables car les conditions de travail n'ont pas été améliorées. Des discussions sont en cours entre les 2 groupements ovins bretons pour redynamiser la production ovine dans le cadre d'un projet de filière.
Des cours plus stables
"Pour conforter les installations, il faudrait aussi des cours plus stables sur l'année", estime Alain Gouédard, responsable technique. Les prix sont bas en février et en mai-juin. En février, cela correspond à la présence, sur le marché, d'agneaux anglais moins chers que les agneaux régionaux. En mai, l'afflux de production est lié à la fin des agneaux de bergerie et au début des agneaux d'herbe.
La production du groupement reste encore trop saisonnalisée avec un déficit d'agneaux, de novembre à mars et un excédent de mai à juillet, avec des prix en forte baisse. "Il est techniquement possible d'avancer les mises bas dans les systèmes désaisonnalisés (juillet à novembre) et de l'autre de retarder les mises bas dans les systèmes herbagers (mars à juin)", poursuit A. Gouédard. "La réflexion doit se faire au sein de la filière pour rééquilibrer les mises en marché et bénéficier de cours plus favorables".
Progression des démarches qualité
Les éleveurs ont toutefois quelques motifs de satisfaction, notamment la progression des démarches qualité. Depuis la mise en place de ces démarches, en 2002, leur importance n'a cessé de croître. "Le pourcentage d'agneaux certifiés en démarche qualité est ainsi passé de 48 % en 2004 à 59 % en 2007", déclare A. Gouédard. "Cette évolution favorable est principalement liée à l'augmentation du nombre d'agneaux commercialisés en démarche CCP SVA Jean Rozé (36 % des débouchés de la coopérative contre 27 % en 2003)". Le taux de certification progresse également (64 % en 2007).
100 euros de marge par brebis
La marge de manœuvre constatée au niveau technique est encourageante. "La productivité numérique moyenne du groupement s'établit à 1,4 agneau par brebis avec des écarts allant du simple au double (1,9 agneau par brebis pour les plus performants contre 1 pour les plus faibles)", constate Jean Le Cadre. "Les élevages ayant une conduite accélérée ont les meilleurs résultats compte tenu d'un taux de mise bas et d'une prolificité supérieurs".
Les résultats économiques en découlent. Les élevages ayant la productivité pondérale la plus élevée avec une bonne maîtrise des charges alimentaires, obtiennent la meilleure marge brute par brebis (118 euros). Entre les quarts extrêmes, les marges brutes varient dans un rapport de 1 à 3 (40 euros contre 118). L'objectif de 100 euros de marge par brebis est à la portée de beaucoup d'éleveurs.
Patrick Bégos
Photo : De gauche à droite : Jean Le Cadre, président d'Ovi-Ouest, Frank Mérel et Guy Personne, vice-présidents, Dominique Houée-Pitois, secrétaire.