
Aujourd'hui, il nous est toujours impossible d'utiliser dans nos moteurs 100 % de l'huile que nous produisons. En conséquence et dans l'optique de favoriser l'indépendance énergétique et de générer des filières courtes, nous nous penchons sur la possibilité d'estérifier nous-mêmes", retrace Yannick Le Bars, président de la Cuma Innov'22 et l'un des initiateurs de la démonstration qui s'est tenue, jeudi 24, sur l'exploitation de Frédéric Darley, producteur laitier à Ruca (22) et adhérent de la Cuma Innov'22.
Organisée par le réseau Cuma Ouest, l'après-midi a réuni une trentaine d'agriculteurs de plusieurs départements bretons, venus assister à une démonstration de production d'agrodiesel (200 L) à partir d'une unité mobile d'ordinaire en fonctionnement en Charente-Maritime (Cuma Olph'active). Objectif de la manœuvre : "montrer que l'estérification est faisable même si elle implique plusieurs manipulations, et rappeler que le produit fini correspond à ce que souhaitent les constructeurs", poursuit Yannick Le Bars. Plusieurs tractoristes garantissent en effet désormais le fonctionnement de leur moteur à l'huile végétale pure estérifiée. Reste la question de la réglementation : aujourd'hui, la fabrication de biodiesel à la ferme est autorisée, mais pas son utilisation… "Nous en sommes au stade de l'expérimentation", commente Sylvain Judéaux, de Cuma Ouest.
Rentabilité pas atteinte
La réaction de transestérification consiste en un raffinage de l'huile. "Après avoir fait chauffer l'huile (50 – 60°C), nous introduisons dans le mélangeur catalyseur de la soude caustique (suivant le pH de l'huile) et du méthanol (20 % du volume d'huile), explique Bruno Texier, représentant de la Cuma Olph'active. S'en suit l'incorporation du catalyseur dans l'huile par venturi (4 heures). Nous obtenons ainsi un mélange de biodiesel et de glycérine, les deux parties se séparant facilement." Le biodiesel est, enfin, lavé pour extraire le savon (3 heures). Le volume final de biodiesel obtenu correspond au volume d'huile introduite dans le processeur. Quant à la glycérine, elle peut être utilisée pour le lavage du matériel, en compost ou en méthanisation.
Si le procédé s'explique sans trop de souci, un argument de poids pèse néanmoins négativement dans la balance : le coût de la technique. La station de transestérification de la Cuma Olph'active a coûté 7500 euros. L'installation permet une production journalière de 300 litres d'agrodiesel. Le coût des intrants s'élevant à 1,15 euro/kg pour la soude et 0,69 euros/L pour le méthanol, le surcoût (amortissement+intrants) de la technique atteint 0,15 euro/litre par rapport au fuel (hors valorisation de la glycérine). "Elle est peut-être à peine rentable aujourd'hui, mais on en reparlera dans cinq ans", anticipe Bruno Texier, prenant appui sur la hausse prévisible du prix du fuel et sur la possibilité de la création, demain, d'une taxe carbone à l'échelle de l'exploitation.
Anne-Laure Lussou
Légende : Bruno Texier (à droite), agriculteur en Maine-et-Loire, présentant le fonctionnement de l'unité de production d'agrodiesel de la Cuma Olph'active, à laquelle il adhère.