
Lutter contre une maladie, sans la connaître très exactement, c'est toute la difficulté à laquelle sont actuellement confrontés les scientifiques comme les pouvoirs publics en matière de FCO. Intervenant à l'assemblée générale du GDS (lire ci-dessous), vendredi 18 à Briec, François Moutou, épidémiologiste à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), l'annoncera d'emblée : "il nous reste beaucoup de questions à résoudre". Des inconnues qui s'avèrent bien gênantes à l'heure où la stratégie vaccinale est en cours de définition, et où il serait bon de pouvoir anticiper le cycle 2008 de la maladie, un regain étant à craindre à partir du printemps. La période hivernale risque bien de n'être qu'un répit dans la progression de la maladie.
Trois protagonistes en cause
Pour apparaître, cette dernière nécessite toujours la présence de trois éléments : l'agent pathogène (le virus), le vecteur (insecte), et l'hôte (bovin ou ovin). 24 génotypes de la maladie sont connus mais c'est le sérotype 8 qui s'est propagé de façon fulgurante à partir du Nord de l'Hexagone depuis la fin de l'année 2006. Première inconnue : la façon dont ce virus de sérotype 8, d'origine sub-saharienne, est arrivé dans nos contrées. "On n'a pas su le maîtriser", explique François Moutou.
Concernant le vecteur, les choses se compliquent encore. Il est acquis qu'il s'agit d'insectes du genre Culicoïdes, des moucherons de 2 à 3 millimètres. Mais concernant leur lieu de ponte, mystère. "Or, poursuit François Moutou, la meilleure façon de faire serait sans doute de lutter au niveau des larves et des œufs, pas de l'insecte." On ne sait pas davantage quelles espèces de Culicoïdes sont plus attirées par les bovins, ce qui aurait permis de fabriquer des leurres. Enfin, on ne sait pas si le fameux Culicoïdes transmet le virus à ses œufs (on pense que oui), ou encore si une vache atteinte le transmet à ses descendants. Il est probable que plusieurs espèces de Culicoïdes soient concernées par la contamination, toutes n'intervenant pas dans les mêmes secteurs. 80 espèces ont été identifiées à ce jour en France, mais la dernière monographie date de… 1925. Et à écouter François Moutou expliquer les modalités de recensement des espèces, on comprend tout le côté fastidieux de l'affaire.
Ce dernier n'est pas plus rassurant lorsqu'il évoque le risque de voir apparaître de plus en plus de telles épidémies, l'augmentation des échanges mondiaux aidant, et compte tenu des changements climatiques. "Ils peuvent favoriser le déplacement de vecteurs ou autoriser la naturalisation d'espèces exotiques là où n'y en avait pas auparavant", alerte-t-il, avant de conclure sur l'impératif besoin de recherches supplémentaires.
La prévention en attendant
Pour les GDS, l'heure est donc à la prévention et notamment à la constitution de fonds en cas de plus ample propagation de la maladie. D'ores et déjà, en plus de la participation au Réseau sentinelle, les GDS bretons ont décidé d'une aide de 228 euros, complémentaire de celle de l'État, pour les bovins morts ou enthanasiés de plus de 1 an dans les élevages bretons touchés par la FCO. Par ailleurs, toujours en 2007, le GDS du Finistère a adhéré au fonds national fièvre aphteuse. Ce dernier finance pour partie la Caisse nationale de solidarité animale, qui vient en aide aux éleveurs touchés par la FCO en prenant en charge une part des frais de traitement. Enfin, actuellement, la piste de la vaccination progresse même si la stratégie de la France n'est pas encore arrêtée. Sur ce point, les éleveurs du Finistère insistent à leur tour pour pouvoir vacciner eux-mêmes sans avoir à faire intervenir les vétérinaires ou élèves vétérinaires.
Anne-Laure Lussou
Photo : Une reprise de la maladie est à craindre sur le territoire national à partir du printemps prochain.