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Lait / Une fonction apéritive et digestive - La betterave dans la ration
 
D e plus en plus d'éleveurs redécouvrent les vertus "diététiques", pour ne pas dire métaboliques, de la betterave fourragère dans la ration des vaches laitières soumises à une alimentation hivernale très poussée. Quand la vache sature, la betterave passe encore, comme une salade après un repas trop copieux. Celui qui sillonne la campagne l'entend souvent : "Une vache qui ne mange pas ses betteraves est une vache malade". En fait, la betterave joue simultanément une fonction apéritive et digestive.

Un fourrage-concentré très appétent

La fonction apéritive de cet aliment s'observe lors de la distribution. Les vaches habituées "sautent" sur ce fourrage-concentré frais et très appétent. Fourrage qui est par ailleurs très peu encombrant, qui se digère très vite du fait de sa faible teneur en parois végétales et de sa forte proportion en glucides solubles.
Mais la betterave a aussi une fonction digestive liée au fait qu'elle fait d'abord saliver la vache, puis mastiquer, une fois qu'elle l'a croquée. Comparativement au con-centré pour lequel le temps de mastication est de 10 mn/kg, celui de la betterave est de l'ordre de 25 à 30 mn/kg de MS. Ce qui signifie que la substitution de concentré par la betterave fourragère allonge la durée de mastication.
Plus globalement, cette salivation et mastication favorisent la digestion de l'ensemble de la ration. La salive ayant un excellent pouvoir tampon, elle évite les brusques variations du degré d'acidité de l'appareil digestif. Autrement dit, elle limite l'acidose qui est une cause de mammites, de boiteries, etc. Reste qu'au-delà de 5 kg de MS par jour, le risque de troubles métaboliques apparaît à cause d'une teneur en cellulose trop faible de la ration.

De 1 à 1,15 UF/kg de MS

 Cet aliment est très énergétique (1 UF/kg MS). "Une valeur qui peut monter à 1,15 UF pour des apports de betteraves fourragères ne dépassant pas 3 kg de MS par jour", note Jean-Pierre Dulphy, de l'Inra de Theix, qui estime que "la betterave fourragère présente à la fois les avantages d'un concentré et ceux d'un fourrage. Avantages d'un fourrage, car elle est produite sur l'exploitation avec un faible coût de revient, une très forte productivité et assure une bonne orientation des fermentations dans la panse ; avantages d'un concentré car elle se comporte comme tel dans la ration".
 Dans la pratique, la distribution de betterave permet de réduire les achats d'aliments concentrés classiques. Par comparaison à ces aliments, elle a un effet positif sur les taux protéiques et butyreux. L'amélioration du taux protéique se constate surtout lorsque la ration est insuffisamment riche en énergie comme dans le cas d'une ration à base d'ensilage d'herbe.
"Un aliment concentré classique contient beaucoup d'amidon, et fait baisser le taux butyreux parce qu'il oriente les fermentations du rumen vers la production d'acide propionique. La betterave développe les fermentations butyriques qui améliorent le taux butyreux. Elle est donc un "concentré" qui se comporte, du moins jusqu'à 4/5 kg de MS/ jour, un peu comme un fourrage. Au-delà de cette quantité, la libération d'acide butyrique peut occasionner une importante augmentation des corps cétoniques. C'est pourquoi nous recommandons de ne pas dépasser les 4 à 5 kg de MS par jour".

Les quantités à distribuer

Pour les ruminants, en particulier pour les vaches laitières, la betterave ne doit pas dépasser 50 % de la ration de base et, avec le concentré, plus de 60 % de la ration totale.
Une transition doit être respectée lors de son introduction dans la ration (1 kg de MS/semaine).
Pour corriger sa faible teneur en cellulose, la ration de base devra apporter des fibres, le plus souvent sous forme de foin, qui permettront d'éviter les risques d'acidose.
Au-delà de 3 Kg de MS par jour, il est recommandé de distribuer les betteraves fourragères en 2 repas afin qu'elles soient valorisées au maximum. Il convient, si possible, d'éviter de distribuer la betterave et les concentrés à des moments trop rapprochés à cause de l'orientation des fermentations dans le rumen. Le faible encombrement de la betterave améliore l'ingestion de la ration de base surtout si celle-ci est de qualité médiocre : jusqu'à 0,5 Kg ingéré en plus pour 1 Kg de MS de betterave avec du foin ou des ensilages de faible qualité.
Si on ne diminue pas les concentrés, 1 kg de MS de betterave améliore la production laitière de 1,5 à 2 kg de lait dans un régime à base de foin et de 0,5 à 0,8 kg de lait lorsqu'elle est associée à du maïs ensilé.
A l'inverse, on peut aussi rechercher une économie sur le concentré énergétique : 3 kg de MS de betterave permettent une réduction de 2 kg de concentré pour une production laitière identique (avec une hausse du TP de 0,85 point et du TB de 2 à 4 points avec une ration à base de maïs).

Didier Le Du

Photo : Simplification extrême de la distribution : le pâturage des betteraves avec fil avant. Une solution qui a ses avantages mais aussi ses inconvénients : pertes par souillure, boue par temps pluvieux. 

 



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Date de l'article : semaine du N° du 18 au 25 Janvier 2008
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