
Rien ne permet d'affirmer que le nombre de constructions de maisons va fléchir dans les années à venir" déclare Bernard Desmarest, chef de service de l'urbanisme et du littoral à la DDE du Morbihan. "10 000 logements ont été mis en chantier en 2006 et nous enregistrons une augmentation des demandes de permis de construire". Le phénomène devrait même se poursuivre, selon lui, pendant quelques années encore. "L'afflux de retraités, l'arrivée d'Anglais ou de Hollandais constituent une caractéristique du développement économique propre au département". Plus de la moitié de ces mises en chantier concernent 65 communes du littoral. "Nous observons toutefois une remontée très marquée ces dernières années vers les communes de l'intérieur".
Le prix du foncier et les nouvelles quatre voies remontant vers le nord de Vannes et Lorient expliquent en grande partie le phénomène. "Ces nouveaux axes sont de véritables aspirateurs. Les gens raisonnent en terme de durée de trajet, bien plus qu'en nombre de kilomètres". Les constructions se font donc de plus en plus au nord de la voie express Lorient- Nantes. "Dans des communes où la logique est encore de proposer des terrains de mille mètres carrés aux particuliers".
2,5% de la SAU urbanisée en 6 ans
La surface agricole est grignotée et amputée de plus de 1500 hectares chaque année. "2,5% de la surface agricole utile a disparu depuis 2000" confirme Christophe Laly, de la DDAF. Plus de quatre hectares par jour, cédés à l'urbanisation ou aux activités de loisirs. "Le canton de Sarzeau a perdu 16% de sa SAU depuis 2000, soit 500 hectares" poursuit-il. "Dans les secteurs sensibles comme celui du littoral, il faut se poser la question du type d'agriculture à développer". Des projets rentables basés sur le maraîchage, la vente directe, l'élevage bovin ou le tourisme sont, selon lui, possibles. Pour l'agriculture plus intensive, les outils de protection existent.
Un travail de pédagogie
Une charte sur l'usage du sol à été signée par l'administration, les collectivités et les agriculteurs. Ce document aura valeur de référence lors de la conception de projets, de l'élaboration des PLU et des avis sur les demandes de certificats d'urbanisme. La charte ne présente pas d'aspect contraignant, seulement de fortes recommandations pour préserver la surface agricole. "Il y a tout un travail de pédagogie à réaliser vers les élus des communes rurales. Les élus des communes littorales sont déjà sensibilisés au problème.
Les PLU sont des outils qui théoriquement figent les surfaces pour 12 à 15 ans. En réalité, ils sont remis en question trop souvent devant les opportunités de développement industriels ou touristiques" déplore Bernard Desmarest. Inciter les communes à avoir une réflexion sur l'extension urbaine et démontrer que la densité n'est pas incompatible avec la qualité de vie: un challenge pour les années à venir. L'Insee prévoit une augmentation de 115 000 habitants en Morbihan dans les vingt à vingt-cinq ans qui viennent. Le pavillon individuel avec jardin a encore la préférence des personnes qui construisent. "On note cependant un regain d'intérêt pour des constructions collectives mais il faudra communiquer pour en redorer l'image". Densifier l'habitat permettra peut-être de répondre à une demande future liée au vieillissement de la population. "Ces personnes voudront vivre dans les bourgs ou en ville". Le prix du foncier sera probablement plus incitatif pour inverser la tendance.
Bernard Laurent
photo : De gauche à droite: Christophe Laly, responsable mission ingénierie territoire à la DDAF et Bernard Desmarest, chef de service de l'urbanisme et du littoral à la DDE.