
T out est prévisible sauf l'imprévisible, or seul l'imprévisible est important". Cette maxime populaire s'accorderait-elle à la conjoncture laitière actuelle ? Probable, quand on sait que peu d'analystes ont été capables de prévoir le sursaut de conjoncture en 2007. De là à dire que "des personnes sont payées à rien faire" comme on l'entend, il y a une marge que l'on ne doit sans doute pas franchir…
Car s'il y a des choses que l'on peut observer (baisse du nombre de vaches : il en manque entre 75 000 et 115 000 en France), des choses que l'on peut prévoir (effets d'une sécheresse en Australie), d'autres que l'on peut orienter (Politique agricole commune), il y a d'autres éléments que l'on ne devine pas. Parmi ceux-ci, la capacité de surenchérissement des pays en voie de développement pour acquérir de la matière première, notamment alimentaire. Que ce soit à des fins humanitaires ou, plus souvent, politiques, il est toujours difficile de prédire ce que les pays voisins sont prêts à mettre sur la table du grand marché mondial. Et sur ce point de plus en plus de voix s'accordent pour analyser que les tendances actuelles du marché laitier s'expliquent en partie par ce nouveau comportement des pays du Sud. C'est le cas de Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l'Inra de Nantes, qui fait référence "à la capacité des pays émergents à payer plus cher leurs produits d'importation à un moment où les stocks mondiaux ont été progressivement épuisés".
Guider l'éleveur dans son métier
Et demain, qu'en sera-t-il ? "C'est cette question que les agriculteurs du secteur de Morlaix entendent poser à l'économiste breton, le vendredi 18 janvier à Plourin-lès-Morlaix", indique Pascal Prigent, président du comité de développement, qui "n'attend pas de réponse définitive, mais davantage une réflexion prospective sur le métier d'éleveur laitier".
Pas que de grandes théories économiques pour autant, ce soir-là à Plourin-lès-Morlaix. Car le chercheur qui a la réputation d'être très didactique est aussi présenté comme un fin connaisseur des exploitations bretonnes. D'où aussi cette volonté des organisateurs d'avoir une rencontre "très terrain", au travers de 3 témoignages d'agriculteurs d'abord, puis sous forme d'échanges avec la salle. Avec ces questions concrètes qui taraudent déjà les organisateurs : "La hausse du prix du lait n'est-elle qu'un feu de paille ? Au contraire, la demande soutenue des pays émergents peut-elle contribuer au maintien de prix élevés ? Comment les producteurs peuvent-ils s'adapter à la volatilité des prix ? Les exploitations bretonnes sont-elles prêtes à vivre la libéralisation des quotas ? Etc." Autant d'aspects que se propose d'aborder et de creuser cette conférence ouverte à tous les agriculteurs du Finistère et des Côtes d'Armor.
Didier Le Du
photo : Les responsables du comité de développement de Morlaix attendent que l'économiste Vincent Chatellier ouvre une réflexion prospective sur le métier d'éleveur laitier.