
D epuis 2003, le Réseau agriculture durable travaille avec la FNCIVAM sur les systèmes de cultures à bas niveau d'intrants. Basés sur une approche globale et économe, ces systèmes offrent une alternative originale aux systèmes de production dits intensifs. Le contexte de l'année 2007 (mauvaises conditions climatiques, hausse des prix de vente des céréales) modifie-t-il l'approche, notamment économique, de ces systèmes ? Le réseau agriculture durable a interrogé trois spécialistes : Patrick Saulas et Bernard Rolland de l'Inra, Bertrand Omon de la Chambre d'Agriculture de l'Eure.
Comparaison de 4 itinéraires
À l'Inra de Versailles, Patrick Saulas travaille sur des essais de longue durée en comparant 4 itinéraires culturaux depuis 1998. L'itinéraire "productif" a pour objectif d'obtenir la marge économique la plus élevée en maximisant le rendement. L'itinéraire "intégré" vise une baisse conjointe des objectifs de rendements et des intrants pour maintenir la marge économique et réduire l'impact environnemental. Le troisième itinéraire s'appuie sur la suppression du travail du sol et le maintien d'un couvert végétal permanent alors que le quatrième respecte le cahier des charges de l'agriculture biologique.
Les quatre itinéraires ont été étudiés sur une rotation colza-blé-pois-blé. Il est intéressant de voir l'incidence économique sur les 2 premiers systèmes qui sont les plus fréquents. Sur la période 1998-2005, l'écart de rendement est important : 104 q/ha pour le système "productif" et 89 q/ha pour le système "intégré". Les produits ont été calculés avec les prix réels à la récolte des années 1998 à 2005. Les charges opérationnelles atteignent 464 euros/ha en système productif et 345 euros/ha en système intégré. En incluant le coût des interventions et le temps de travail par ha, on obtient des marges nettes de 743 euros/ha en "productif" et 815 euros en "intégré".
Nouveau contexte de prix
Que deviennent ces marges dans le contexte actuel de prix ? Avec un prix de vente de 150 euros/t, le système productif devient plus intéressant que le système intégré avec une marge brute supérieure de 68 euros/ha. Avec un prix de vente de 200 euros/t, l'écart de marge s'accroît pour atteindre 139 euros/ha.
Bernard Rolland, de l'Inra de Rennes, travaille sur les itinéraires techniques blé. De 2002 à 2006, les essais ont montré qu'il y avait 2 chances sur 3 d'avoir une meilleure marge en conduite économique qu'en conduite raisonnée. En 2007, les proportions ont tendance à s'inverser. Chaque itinéraire a sa cohérence si on combine bien le choix de la variété, la densité de semis, la fertilisation et la conduite fongicide.
Rentabilité à long terme
Dans le nouveau contexte, la réduction des intrants ne semble pas pénalisante pour les systèmes plus économes, à condition de viser une certaine logique sur le long terme en fonction du potentiel des terres de l'exploitation. Il faut quitter la notion de rendement et voir la rentabilité globale du système sur plusieurs années.
Le choix de la variété joue beaucoup. Le point bascule (prix de vente) au-delà duquel il est plus intéressant d'adopter un système productif plutôt qu'un système économe dépend de la variété. Avec une variété sensible, ce point se situe à 100 euros/t. alors qu'en variété peu sensible, il peut être au-delà de 150 euros/t.
Des rotations longues
Les chercheurs insistent également sur l'intérêt d'avoir des rotations longues sur 6 ans, en introduisant une légumineuse et en alternant les cultures à semis d'hiver et celles à semis de printemps, pour casser les cycles.
Patrick Saulas travaille sur une autre piste : la combinaison de plusieurs variétés dans une même parcelle de manière à utiliser les complémentarités dans la résistance aux maladies. L'objectif est de limiter la rapidité des attaques et de faire en sorte que les plantes aient plus de temps pour s'adapter aux maladies et "s'auto-immuniser", en quelque sorte. Pour constituer un mélange équilibré, il faut utiliser des variétés aux caractéristiques proches au niveau précocité, montaison et maturité.
Patrick Bégos
photo : Un groupe d'agriculteurs visite les essais de Patrick Soulas à l'Inra de Versailles.