
E n fonction des types d'élevages, des besoins des animaux et des conditions climatiques, on peut récolter le maïs à trois stades différents : en maïs fourrage plante entière ensilé, en maïs grain humide conservé à la ferme ou en maïs grain, séché, pour la vente.
Complément énergétique
Le maïs grain humide peut présenter quelques opportunités pour les éleveurs. Les excédents peuvent en effet se récolter sous cette forme. Cette technique évite de vendre en grain dont il faudra déduire les coûts élevés de séchage et de transport, alors qu'en parallèle, on devra racheter des aliments concentrés au prix fort.
Le stockage du maïs grain sous forme humide est aujourd'hui plus connu des producteurs de porcs que des éleveurs de bovins, qui privilégient l'ensilage plante entière. Or, ils ont besoin de compléments énergétiques pour leurs vaches laitières ou pour l'engraissement de taurillons. Le maïs grain peut jouer ce rôle, comme les autres céréales. Economiquement, quand on a le choix, il vaut mieux commercialiser les céréales récoltées sèches et garder sur la ferme le maïs récolté humide.
De 2 à 6 kg par jour
Pour Gildas Cabon, ingénieur ruminants à Arvalis "l'utilisation par les bovins ne pose pas de problème particulier". La conservation sous forme broyée dans un petit couloir, ou aplatie dans un silo boudin est quasi-parfaite. "Les vaches laitières peuvent en consommer de 2 à 6 kg par jour, en fonction de la nature des fourrages de la ration. Il n'y a pas de souci digestif, tant que l'on ne dépasse pas 28 % d'amidon dans la ration et l'optimum d'efficacité se situe entre 22 et 25 %".
Les taurillons de race à viande peuvent en recevoir quotidiennement 3 à 4 kg, en complément du maïs fourrage et du correcteur azoté. "On peut aussi leur en donner à volonté, sans autre fourrage que de la paille". Plus on introduit de la paille dans la ration des bovins, plus il y a de la place pour valoriser le maïs grain humide.
Maîtrise des coûts
"Le maïs grain humide produit sur l'exploitation est un aliment tracé", souligne Jean Deroyant, éleveur à La Selle en Coglès en Ille et Vilaine. "Dans le contexte de flambée des prix des matières premières, je maîtrise le prix de revient de ce complément car je sais ce qu'il me coûte en intrants, en frais de récolte, de broyage et de stockage". L'éleveur limite l'achat de concentré au correcteur azoté et aux minéraux. "Je valorise mieux le système fourrager de mon exploitation".
La récolte se fait après celle du maïs ensilage, avec un taux d'humidité du grain compris entre 34 et 38 %. Par rapport au maïs grain, le terrain est plus vite libéré pour les semis qui suivent. Le broyage et la mise en silo sont réalisés avec du matériel spécifique, au fur et à mesure de la récolte, au pied du silo. "C'est un chantier facile à maîtriser", déclare l'éleveur.
Dans ce produit humide, les bactéries lactiques se développent rapidement et garantissent la conservation des qualités initiales du maïs. La valeur énergétique dépend avant tout de la teneur en amidon à la récolte. La valeur azotée n'est pas affectée par les fermentations. La légère acidité du produit évite le développement de microflores indésirables.
Sécurité et réactivité
Bertrand Carpentier, d'Arvalis, rappelle que la récolte doit être précoce pour préserver la qualité sanitaire. Le risque de mycotoxines au champ est ainsi réduit. La date de récolte optimale peut être choisie en fonction de la variété et des conditions climatiques de l'année.
Cette technique garantit l'éleveur de bovins contre les fluctuations de plus en plus forte des rendements fourragers et des prix des aliments concentrés. Disposer de stocks, apporte à la fois la sécurité et la possibilité de réagir à la conjoncture : produire plus de lait quand le marché le demande, mieux valoriser l'herbe disponible quand le climat est favorable, la remplacer quand elle manque…
Patrick Bégos
photo : Récolté entre 34 et 38 % d'humidité, broyé et stocké en silo couloir ou en boudin, le maïs grain humide permet de compléter la ration des bovins.