
Il n'y a plus que cinq élevages où le taux de dioxine dans le lait est au-dessus des normes" déclare Loïc Bauthamy, éleveur, en Gaec avec deux autres associés, à Avessac (44). "Pour les jeunes bovins, il y aura un dernier abattage d'animaux contaminés en fin janvier". Et après ? Une histoire ancienne pour les producteurs ? "Il restera à évaluer le préjudice exact". Le lait des mois d'août et septembre a été payé par les laiteries sous forme d'avance de trésorerie. Depuis, dans les élevages sous séquestre, la moitié du litrage est payée normalement et l'autre moitié est toujours sous forme d'avance. Seule la matière grasse est, en effet, détruite.
Jeunes bovins contaminés payés en partie
En viande bovine, les analyses sur le vivant ont permis de commercialiser de nombreux animaux dans le circuit conventionnel. 800 taurillons, déclarés impropres à la consommation, ont été abattus. Quelques cas supplémentaires viendront peut-être s'ajouter à cette liste en fin janvier après de nouvelles analyses. "Ces animaux ont été payés à 60% de leur valeur. Pour percevoir les 40% restants, il faut attendre la fin des analyses et des abattages. Le montant total du préjudice sera alors connu". Il restera alors à coordonner le financement entre l'interprofession, l'état et les conseils généraux des régions concernées. Les sommes dégagées devraient permettre de couvrir le préjudice lié à la mévente des produits.
"Sur notre élevage, nous avons dû abattre un lot de 26 taurillons contaminés" poursuit Loïc "Il reste environ 10 000 € non versés à ce jour. Les jeunes bovins ont été nourris deux mois de plus que prévu en attendant la date d'abattage". Le coût alimentaire et le travail ne sont pas pris en compte. "En octobre, des analyses ont été effectuées sur le lot de taurillons holstein de 15-18 mois, le dernier à avoir consommé du fourrage contaminé. Les résultats étaient au-dessus des normes. De nouvelles analyses seront réalisées sur ce même lot en début janvier. Si les résultats sont positifs, ils seront définitivement déclarés impropres à la consommation et abattus fin janvier. Dans le cas contraire, ils seront engraissés et vendus à la période normale".
Que faire des fourrages contaminés?
Personne ne semble disposé à prendre le coût de la destruction des fourrages contaminés en charge. Les stocks concernés sur l'exploitation ne sont que de 60 m3. L'un des éleveurs du secteur a un stock de 1 200 m3. L'administration a évoqué la possibilité de les épandre dans les champs. Sans garantie sur les conséquences éventuelles, les éleveurs ont, dans un premier temps, rejeté cette éventualité. Qu'en sera-t-il dans les prochaines semaines ? "C'est une inconnue" déplore Loïc.
Le quota ne sera pas réalisé
L'éleveur pointe également du doigt l'incidence zootechnique de cette affaire. "Au mois d'août et jusqu'à la récolte 2007, nous avons remplacé le maïs contaminé par de l'ensilage d'herbe dans la ration des laitières. De 50 000 litres de lait livré par mois, nous sommes passés à 38 000 litres. Il nous manquera 20 000 litres à produire par rapport au quota initial". La rallonge de quota ne sera donc pas pour eux. Les problèmes de fertilité, dont les conséquences sont difficiles à chiffrer, sont, selon Loïc, liés au changement brutal de ration.
Au chapitre des doléances, on ajoutera l'engraissement forcé des veaux mâles que les éleveurs n'ont pas pu vendre. Chez Loïc, tous les veaux sont engraissés sur place mais ce n'est pas le cas partout. "La plupart des éleveurs n'ont pas les places d'engraissement appropriées. Ça nécessite également l'achat d'aliment". Ces préjudices qui affectent les résultats ou la conduite de l'élevage sont difficiles à quantifier. Loïc considère néanmoins: "La solidarité a joué à plein. Nous avons sauvé l'essentiel même s'il reste encore des inconnues". Quelques discussions serrées en perspective, pour lever les dernières interrogations, début 2008, avec les partenaires, l'administration et les conseils généraux.
Bernard Laurent
Légende : Avec l’apparition de dioxine, certains animaux, qui ne devraient pas l’être, ont dû être engraissés dans les exploitations concernées. D’où un surcoût alimentaire et des problèmes de places.