
Vent de détente dans le domaine laitier. Après une période de vaches maigres, les éleveurs voient enfin le ciel s'éclaircir : les quotas se desserrent et l'évolution du prix du lait est prometteuse. Même si le prix des matières premières (concentrés, énergie, etc.) voile légèrement cet horizon immédiat. Celui qui scrute l'horizon plus lointain s'aperçoit quand même que celui-ci est un peu bouché par les normes environnementales qui agissent comme une deuxième ceinture de quotas. Mais observer la trajectoire possible d'un gros nuage lointain n'empêche pas de profiter de l'éclaircie du moment…
Dans le contexte laitier porteur, Marie-Line Gérome, qui intervenait à Châteauneuf-du-Faou lors d'une assemblée locale du CER, dissocie deux messages qui conduisent, d'une part, à raisonner sur le court terme (distribuer plus de concentrés pour produire la rallonge de quota), et d'autre part, à calculer à moyen-long terme pour tenir compte des nouvelles perspectives laitières (disparition programmée des quotas).
Des concentrés pour le court terme
Sur le court terme, il s'agit, du moins pour les éleveurs qui disposent de suffisamment de fourrage et de vaches en lactation, de produire la rallonge de quota accordée au titre de la campagne laitière en cours.
La distribution de concentrés aux vaches qui ont du potentiel dans la mamelle apparaît comme la technique à privilégier pour donner un dernier coup d'accélérateur avant le 31 mars. "1 000 litres de lait produits en plus, c'est 368 € payés en plus", rappelle la conseillère du CER qui évoque le carburant à mettre en face : "Un kg de concentré permet de produire de 0,8 à 1 kg de lait selon le niveau de production de départ. Plus l'expression du potentiel des vaches est déjà proche de l'optimum, moins l'efficacité est bonne".
Pour le centre comptable cette façon de faire reste néanmoins intéressante car elle laisse espérer une marge brute de 60 à 120 €/1 000 l produits en plus. Il n'en demeure pas moins que l'augmentation de concentrés dans la ration n'est pas multipliable à l'envi puisqu'une trop forte distribution de concentrés expose les animaux à des problèmes de surchauffe. Entendez par là des problèmes sanitaires qui, par cascade, s'accompagnent de frais vétérinaires supplémentaires. "Avec des rations classiques, il ne faut pas aller au-delà de 5 kg de concentrés par jour".
Des génisses pour le moyen terme
L'achat de génisses ne s'inscrit pas du tout dans la même logique. "Un achat se raisonne en fonction des campagnes suivantes et peut s'avérer intéressant si le manque de vaches est structurel", indique Marie-Line Gérome, mettant l'accent sur "les risques sanitaires liés à l'introduction précipitée d'animaux dans le troupeau, notamment quand il s'agit de vaches en lait". Cette précipitation peut en effet coûter très cher. Sans compter l'impact éventuel sur la trésorerie.
Cette option d'achat doit également s'envisager en cohérence avec les stocks fourragers. Inutile en effet de rompre un facteur limitant pour en créer un autre au niveau de l'alimentation. "Sans compter qu'il faut aussi que cette décision d'augmenter le troupeau soit compatible avec les autorisations d'exploiter".
Ces préalables posés, l'achat peut s'envisager dans l'optique d'adapter le troupeau aux nouvelles perspectives de production. "C'est-à-dire à une augmentation de quotas de + 2-3 % par an, doublée le cas échéant de compléments de campagne".
Blinder sa trésorerie
Reste que les nouveaux contours laitiers, qui ouvrent de nouvelles perspectives à une production très longtemps bridée, s'accompagneront en toute vraisemblance d'une plus grande amplitude de la variation du prix du lait. Autrement dit, à des hausses importantes (on parle de 103 €/1 000 l au premier trimestre 2008 par rapport à 2007) pourraient succéder des baisses plus brutales que celles connues par le passé.
En conséquence, les éleveurs laitiers devront se prémunir des à-coups du marché en blindant leur trésorerie. "Il faut viser placer à court terme l'équivalent de deux années d'annuités", évalue la conseillère du CER dont les propos suscitent un certain étonnement chez les adhérents. "Ça peut paraître beaucoup, mais il faut aller progressivement vers ce niveau de trésorerie", insiste-t-elle. A moins que les éleveurs ne se protègent autrement en avançant sur la contractualisation avec les laiteries. Là aussi, le chemin semble s'ouvrir progressivement…
Didier Le Du
L'achat de génisses est-il rentable ?
À condition d'en trouver – à prix raisonnable –, l'achat de génisses peut aider à s'adapter au nouveau contexte laitier et à pérenniser le troupeau. "Prudence toutefois au niveau trésorerie", alerte M.L. Gérome.
Approche économique :
l Produits :
- Vente de lait : 6 500 l X 326 € + 20 €
(prix moyen de campagne) = 2 249 €
l Charges :
- Coût de la génisse (1) = 233 €
- Frais financiers = 50 €
- Coût des fourrages = 150 €
- Coût des concentrés (41 €/1 000 l) = 266 €
- Autres charges opérationnelles = 312 €
- Perte de marge brute (cultures de vente en moins)
0,6 ha X 760 = 456 €
total = 1 467 €
l Gain par génisse (produits – charges ) = 780 €
l Gain par 1 000 l produits en plus = 120 €
Légende : Droit de produire plus. Pour l'éleveur, il s'agit bien de différencier le court terme (distribuer plus de concentrés) du moyen-long terme qui consiste à adapter le troupeau aux nouvelles perspectives laitières (disparition progressive des quotas).