
Faut-il préparer l’après quota ?
Les quotas vont disparaître dans leur forme actuelle, c’est une certitude. On parle de 2013, mais l’Europe nous a habitués à des chamboulements d’agenda, cela pourrait intervenir avant. Chaque producteur a tout intérêt à penser dès maintenant à son système de production de demain. Lequel sera le plus pertinent ? Nous sommes aujourd’hui dans un contexte très favorable pour le lait avec le plein des aides et une bonne conjoncture. En 2008, la tendance sera vraisemblablement la même, mais ensuite, le marché peut se retourner. Depuis la mise en place des quotas, l’équation était la suivante : Résultat lait = prix de vente – coût de production lait X quota.
Le producteur ne pouvait agir que sur le coût, il ne décidait ni du quota ni du prix du lait. Demain, un nouvel acteur va faire son entrée sur scène : la volatilité. Volatilité du prix et du coût de production, volatilité des marchés aval et amont… Le producteur va devoir arbitrer son système en fonction du potentiel génétique, agronomique, et du contrat à produire avec la laiterie. Il devra également s’adapter à des variations conjoncturelles et saisonnières et répondre aux demandes quantitatives et qualitatives des laiteries.
Comment optimiser son revenu ?
Le contexte sera forcément plus ouvert qu’aujourd’hui. Les droits à produire contractualisés avec les laiteries vont voir le jour après la disparition des quotas. Dès lors, le choix du système de production va s’avérer encore plus stratégique qu’auparavant pour le producteur. Chacun doit déjà réfléchir au système dans lequel il a envie de travailler. Outre cette motivation, beaucoup de variables rentrent en jeu : l’organisation du travail, le volume de production, la surface, la main d’œuvre… En fonction de toutes ces variables, le producteur peut commencer à écrire son équation de demain. Un changement de système ne se fait pas instantanément, c’est pour cela qu’il vaut mieux s’y préparer maintenant. On peut envisager que l’accès aux aides sera plus restrictif, le grenelle de l’environnement a eu lieu avant la discussion sur la Pac…
Le producteur va devoir répondre à de nombreuses questions. Doit-il saisir l’opportunité de produire plus ou préfère-t-il conserver on système actuel ? Est-il organisé pour produire plus ?
A-t-il vraiment envie d’intensifier ? Comment vont évoluer les relations techniques et commerciales avec la laiterie ? Autant de thèmes qui méritent réflexion.
Aura-t-il intérêt à intensifier ?
Mis à part le foncier, le coût des intrants, et le plafond environnemental en termes d’apport azoté par ha, il n’y aura plus de limite à l’intensification. Rien n’empêche un producteur de passer de 5 000 L par vache à 8, 9, voire 10 000 L. Bruxelles n’ira sans doute pas plus loin sur la Directive nitrates, par contre la réglementation côté phytosanitaires et phosphore risque de bouger. C’est un facteur limitant à prendre en compte. Autre inconnue : la teneur du contrat avec la laiterie. Qu’en sera-t-il demain de la départementalisation des quotas dans la nouvelle configuration ? Les laiteries vont-elles tenir compte du quota historique ? La question du montant du prix du lait n’est pas réglée. Une chose est sûre : le prix du litre de lait sera toujours négocié entre les professionnels et les industriels.
Les industriels seront intéressés par des exploitations qui répondront à leur demande. Compte tenu des coûts de collecte, les laiteries auront tout intérêt à récupérer le maximum de lait de qualité optimale sur chaque exploitation… Leurs clients captifs seront donc ceux qui bénéficieront de droits à produire conséquents et qui sauront s’adapter à leur cahier des charges.
La production laitière française a-t-elle des atouts à faire valoir ?
Bien sûr : elle bénéficie d’agriculteurs motivés, de filières organisées, d’outils industriels performants… Au plan du foncier, les Français sont moins limités que des Danois ou des Hollandais avec un prix plus abordable. Il existe une marge importante de progrès pour la productivité par vache et aussi au niveau de la rentabilité des ateliers laitiers. L’avenir de la production est plus que jamais et pour la première fois entre les mains des producteurs. En fonction de leur envie, de leurs ressources, les choix s’ouvrent à eux. Comment conserver les grands équilibres de l’exploitation tout en profitant des opportunités ? Si certaines inconnues demeurent, il est conseillé de réaliser des simulations pour se préparer au changement. Très concrètement, optimiser ses prélèvements sociaux et fiscaux dès 2008 afin de se créer une épargne « de précaution » constitue un acte de bonne gestion, en attendant la nouvelle Pac.
Propos recueillis par
Guy Lemercier - Cogedis