
La prochaine année s'annonce sous de bons auspices pour les producteurs : 103,70 euros aux mille litres de plus par rapport au premier trimestre 2007. La demande mondiale augmente fortement. La sécheresse persistante a provoqué une baisse de production en Océanie. Le prix du lait, faible ces dernières années, a entraîné une décapitalisation du cheptel dans l’Union européenne. Cette situation, que personne n'avait prévue, crée une tension sur le marché des produits laitiers.
A court terme, le contexte semble favorable pour le marché de la protéine, plus difficile pour la matière grasse. "Les prix des produits industriels du mois de janvier seront de bons indicateurs" affirme Frédéric Chausson, directeur de la FNPL (fédération nationale des producteurs de lait) qui craint, avant tout, la réaction de la distribution. "L'augmentation des prix devra être, au moins en partie, répercutée vers les consommateurs". Jo Lancien, directeur amont d'Entremont Alliance, abonde dans ce sens. "Nous collectons 2 milliards de litres de lait. Sur l'année 2008, nous aurons 140 millions d'euros à payer en plus aux producteurs. Il est bien évident qu'il nous faudra le répercuter au distributeur". La répercussion, au consommateur, du prix payé aux producteurs français, est donc, selon eux, un challenge pour l'année à venir. L'enjeu est de garder la valeur ajoutée dans la filière.
Pourra t-on répondre à l'explosion de la demande ?
A moyen terme, les avis des spécialistes convergent. La population mondiale augmente, la richesse par habitant également. La croissance mondiale est proche de 5%, tirée par le moteur asiatique. Les produits laitiers ont une image moderne. "La question n'est pas de savoir si la demande sera présente. La question est de savoir si les producteurs seront capables de produire" poursuit Frédéric Chausson. "Parmi les régions à fort potentiel de production, le Brésil et l'Inde peuvent répondre à la demande. L'Argentine, la Russie et l'Ukraine, pour des raisons structurelles ou politiques ne pourront le faire avant une dizaine d'années. L'Australie pourrait être victime du changement climatique. La production aux Etats Unis est concurrencée par la production de bioéthanol. Le quart de la sole de maïs y est consacré. L'Union européenne a une belle carte à jouer sur ce marché". L'avenir de la production chinoise est plus difficile à cerner. 16 millions de petits chinois naissent chaque année. Ils commencent seulement à consommer du lait en poudre… Le prix des produits laitiers devrait donc globalement augmenter dans les années à venir avec des fluctuations liées aux changements éventuels de politique agricole.
Droits de douane et contractualisation
La diminution des droits de douane, résultant des discussions à l'OMC, pourrait assombrir un peu le tableau. "Le système des restitutions est mort. Il faut se battre pour conserver des droits de douane. La libéralisation des marchés agricoles, ça ne marche pas !" affirme Jo Lancien. La disparition des quotas en 2015 représente également un danger. La FNPL est attachée au système de maîtrise de l'offre. "Nous sommes favorables à un système de contractualisation entre producteurs et entreprises. Nous avons le temps de préparer cet outil de gestion". La FNPL travaille également à la mise en place d'un fonds d'investissement provisionné par l'interprofession et destiné à investir dans les entreprises de collecte pour assurer leur pérennité. La création d'un institut du lait, regroupant plusieurs centres de recherche, est dans les tuyaux. Il aura pour objectif d'augmenter la valeur ajoutée des produits laitiers. Jo Lancien, un brin provocateur, insiste également sur l'incidence d'une bonne politique de communication. "Les céréaliers ont bien réussi à faire croire que les biocarburants ont une incidence positive sur l'environnement !".
Bernard Laurent
Conserver le système des pénalités
Certains éleveurs réclament la suppression des pénalités de fin de campagne dans la mesure où la France, comme d'autres pays européens, est en sous- réalisation. Frédéric Chausson, directeur de la FNPL s'oppose à cette demande. Il considère qu'il faut conserver la possibilité de limiter la production même si aujourd'hui le contexte est très favorable. "On ne change pas les règles du jeu en cours de compétition. Les éleveurs qui ont respecté les règles seraient pénalisés. Il y aura peu de pénalités cette année de toute manière".
Légende : Jo Lancien, directeur amont d'Entremont Alliance, est intervenu à la journée lait organisée par la FDSEA du Morbihan