
La récente étude menée par la Chambre régionale d'agriculture, avec les professionnels et de nombreux partenaires économiques, l'a mis en évidence : si, ces dernières années, le principal facteur limitant de l'activité volailles de chair en Bretagne a été les débouchés commerciaux des entreprises bretonnes, aujourd'hui ce facteur limitant devient la capacité de production "amont", en raison d'un parc bâtiments vieillissant et de rentabilités d'exploitations insuffisantes pour le renouveler. D'où l'importance d'un dialogue, dès à présent et alors que le marché reprend des "couleurs", entre tous les maillons de la filière en vue d'un véritable plan d'actions. Un dialogue amorcé, mercredi 12 à Vannes, lors de la journée départementale avicole. Cette dernière réunissait en effet une partie des intéressés, avec le directeur général de Doux Guy Odri, le président d'UKL Guy Hellegouarch, Hervé Thiboult, délégué CFDT et salarié de l'agroalimentaire et encore Engène Schaeffer, président de la CFA.
Interpellé par Hervé Thiboult sur la nécessité de s'organiser entre industriels afin de ne plus arriver "en ordre dispersé" sur le marché, Guy Odri a abondé dans son sens… avant de faire part de quelques réserves : "Oui la filière a besoin d'une organisation, de faire appel à toutes les intelligences pour trouver une nouvelle dynamique. Mais, dans ce qui existe aujourd'hui, certains viennent seulement pour chercher de l'information sur les concurrents !"
Pistes d'action
Plusieurs pistes d'action ont été tour à tour évoquées, à commencer par l'amélioration des stratégies d'accès au marché. Sur ce point le groupe Doux fait valoir son point fort, la connaissance des marchés et des habitudes alimentaires associées. "Le marché européen intéresse beaucoup nos concurrents internationaux. Or nous le connaissons mieux qu'eux. Notre vraie protection, c'est notre connaissance du marché", s'est exprimé Guy Odri. Référence aux restitutions européennes qui, elles, n'ont pas "joué leur rôle". Pour le directeur du numéro 1 européen de la volaille, l'avenir consistera à "bien se concentrer sur nos marchés domestiques (l'Europe mais aussi le Brésil) en usant du savoir-faire acquis". La conquête de nouveaux marchés nécessite la création de nouvelles marques parfaitement adaptées, ce qui implique un coût très difficile à répercuter, selon l'industriel.
Autre piste évoquée : la mise en évidence de l'étiquetage "VF", prônée notamment par le président d'UKL Guy Hellegouarch. "L'étiquetage n'est qu'une partie de notre stratégie de communication", a-t-il précisé, regrettant néanmoins le manque de budget global alloué à la communication. Une nouveauté devrait cependant voir le jour en la matière, l'APVF souhaitant définir le mois de mars comme le "mois de la volaille".
Les farines animales
Face à un cours de l'aliment qui atteint des sommets, les intervenants ont également évoqué le sujet de la réintroduction des farines et graisses animales dans l'alimentation des volailles. "La discussion est en cours à l'Office", a indiqué Eugène Schaeffer. "C'est au consommateur de décider", a tranché Guy Odri. Ce dernier a tenu à faire part, en fin de débat, de la décision du groupe Doux de revaloriser les contrats des éleveurs de dindes (+ 12 %). Le groupe a également accordé une enveloppe de trois millions d'euros pour les éleveurs de poulets ("1/3 pour la revalorisation des contrats, 2/3 pour des mesures incitatives à la production"). Enfin, deux millions d'euros sur 5 ans ont été débloqués (sur fonds propres) pour aider à l'installation et/ou la reprise d'élevages par les jeunes. L'installation des jeunes est en effet, avec la problématique environnementale, une question majeure pour l'avenir de la filière avicole et de son attractivité.
Anne-Laure Lussou
Légende photo : Guy Odri, directeur général du groupe Doux, Eugène Schaeffer, président de la CFA, Jean-Michel Choquet, président de la section avicole de la FDSEA56, Guy Hellegouarch, président d'UKL et Hervé Thiboult, délégué CFDT et salarié de l'agroalimentaire.