
La Bretagne compte plus de 300 stations de dénitrification qui répondent à la problématique de la résorption en zones d'excédents structurels. Parallèlement, des projets de création de stations de méthanisation voient le jour pour produire de l'énergie renouvelable. Une solution technologique innovante permet d'associer les deux procédés et de répondre aux besoins de l'élevage breton. Ce procédé, nommé Digestaero, sera prochainement commercialisé par la société Valétec de Plérin (22).
Une complémentarité
"Jusqu'à présent, le poste énergie a toujours été une charge. La méthanisation donne les moyens d'inverser la tendance" déclare Isabelle Robin, directrice de Valétec. "Nous pouvons désormais vendre de l'environnement". La méthanisation suppose, cependant, l'apport de co-substrats (déchets verts, fourrages, graisses d'abattoir). Cette importation d'azote paraît paradoxale compte tenu de la situation déjà excédentaire des élevages locaux. Elle nécessite l'augmentation des surfaces d'épandage. La complémentarité avec une station de dénitrification semble, alors, évidente.
S'équiper d'une station de méthanisation représente un coût élevé pour des élevages qui viennent déjà d'investir dans des stations de traitement biologique du lisier. Ces exploitations sont pourtant les premières ciblées par le projet Digestaero. "Elles sont déjà équipés d'ouvrages de stockage ce qui permet de réduire les coûts. Les éleveurs maîtrisent la technique de fonctionnement des stations biologiques. Ils s'approprieront facilement les procédés liés à la production de biogaz".
Le coût de fonctionnement de la station de traitement de l'azote en serait réduit, selon Isabelle Robin. Le nouveau procédé combine, dans un premier temps, une réaction anaérobie, pour la méthanisation, et, dans un second temps, une réaction aérobie pour le traitement de l'azote. "La consommation électrique de la station biologique diminue car le volume de matière organique à traiter est moindre. Le procédé de méthanisation permet, en effet, d'en digérer la majeure partie auparavant en transformant le carbone en gaz, dans le digesteur. Le procédé d'oxygénation pour abattre l'azote restant est donc plus économe". La quantité des boues résiduelles est, au final, moindre. Les capacités de stockage et d'épandage sont donc moins importantes.
Vendre de l'électricité
Le système n'est rentable qu'en vendant de l'électricité. Le biogaz génère de la chaleur et de l'électricité. "Le co-générateur représente 25% de l'investissement. L'amortissement suppose une production de gaz importante pour fournir et vendre de l'électricité". La chaleur est récupérée pour chauffer le digesteur, les bâtiments d'élevage, les maisons d'habitation ou sécher des fourrages. Quatre projets sont sur le point d'aboutir en Bretagne. Les constructions démarreront au cours de l'année 2008.
Bernard Laurent