
Organisée par le pôle Herbivores des Chambres d’agriculture de Bretagne, la journée costarmoricaine « Gagner plus avec mes produits » a rassemblé une centaine de participants. « L’objectif de ces journées est de montrer que si le contexte actuel plutôt favorable à la production semble donner des perspectives intéressantes, en matière de droits à produire supplémentaires, d’un meilleur prix, de restructurations des ateliers, il ne faut pas oublier les fondamentaux », explique Yves Droumaguet, responsable professionnel.
Efficacité économique
Une approche globale qui met en exergue la nécessité de privilégier l’efficacité économique pour assurer le revenu. Elle nécessite dans un premier temps une analyse de son niveau de revenu et de l’efficacité de l’exploitation pour cerner le disponible, les marges de progrès, la valorisation. « En moyenne sur les 5 dernières années, le revenu par UTH est de 90 euros par 1000 litres, avec des écarts importants puisqu’il varie de 45 à 125 euros par 1000 litres ».
L’indicateur EBE (excédent brut d’exploitation) avant main-d’œuvre, intégrant le produits des différentes activités et les DPU, illustre aussi les différences importantes d’efficacité économique pour des structures similaires, jusqu’à 100 euros par 1000 litres. Hormis les DPU, l’écart provient de tous les postes : produits, charges et frais généraux. L’efficacité des meilleurs se retrouve aussi sur chacun des produits : lait : + 7 euros par 1000 litres, viande + 25 euros, cultures (rendements, chargement) : + 28 euros par 1000 litres. Dès lors la consigne est d’agir à tous les niveaux.
Optimiser le produit lait, c’est à la fois s’organiser pour produire sa référence en utilisant les solutions d’ajustement adaptées et économiquement rentables, en jouant sur les effectifs, la production par vache, l’utilisation du lait pour les veaux. « Mais face à chaque solution envisagée, il faut s’interroger sur les conséquences : sanitaires, gestion des stocks fourragers, qualité du lait … ». Une optimisation qui passe aussi par une maîtrise des taux au travers de l’alimentation, des choix génétiques. A ne pas négliger car les répercussions peuvent être lourdes, le suivi des critères qualité pour éviter les pénalités, limiter l’utilisation de produits de traitement, et préserver un cheptel sain. Ce qui ne veut pas obligatoirement dire avoir l’obsession du zéro-pénalité qui peut aussi coûter cher.
Viande et cultures à ne pas négliger
Ecarts d’EBE du produit viande. Là encore quelques curseurs bien positionnés peuvent améliorer la rentabilité : des vaches de réforme vendues en état et bien conformées, propres, si possible vendues en choisissant la période où la tendance est plus favorable. Le produit viande c’est aussi l’éventualité d’élever des génisses au-delà du renouvellement (4,5 génisses par 100 000 litres). Des opportunités peuvent se présenter pour des ventes de vaches en lait ou des génisses amouillantes. Par contre la fluctuation des prix rend la rentabilité plus aléatoire. Le niveau génétique de l’exploitation, la disponibilité de surfaces destinées à l’élevage sont des éléments qui peuvent guider le choix.Le produit veau, qu’il ne faut pas négliger, peut s’améliorer. Il est influé par le taux de mortalité à la naissance ou dans les premiers jours, l’intervalle entre vêlages, le choix de faire vêler les vaches avant la vente, et bien évidemment le prix de vente. Dans les élevages spécialisés l’écart du produit veau par vache est de plus de 126 euros entre le ¼ inférieur et le ¼ supérieur.
Reste la valorisation des animaux engraissés sur l’exploitation. Les orientations sont diverses et méritent une analyse affinée : taurillons, animaux croisés ou de races mixtes, génisses ou bœufs de races laitières. Cela peut également constituer un bon moyen de ramener de la plus-value mais à condition d’avoir des croissances correctes et de bien les valoriser.
Dernier aspect, les cultures qui pourraient prendre encore plus d’importance avec l’agrandissement des exploitations si le prix de vente des céréales à des niveaux élevés devait se confirmer dans le temps. Les surfaces qui peuvent y être consacrées varient. Les choix d’une intensification ou non de l’atelier lait, ou de développer l’atelier viande influent également.
Au final, c’est la combinaison optimale de l’ensemble des facteurs de production dans une logique de maîtrise des coûts qui va assurer le revenu. En sachant que d’autres éléments rentrent aussi en ligne de compte : l’environnement, la réglementation, la qualité des produits attendus par le consommateur, la main-d’œuvre disponible, les goûts personnels. Tout un équilibre à trouver dans chaque exploitation. Et si tous les indicateurs sont essentiels avant de décider il n’y a pas de recettes miracles.
Pierre Dénès
Légende photo : Environ 80 personnes à la première réunion des Chambres de Bretagne sur « Gagner plus avec mes produits ».