
Constituée à l'occasion des élections Chambre d'agriculture de janvier dernier, la Coordination Rurale Finistère (CR 29) occupe le terrain syndical départemental avec comme fil conducteur : "des prix rémunérateurs pour tous les agriculteurs". Rappelons que, depuis les dernières élections, le syndicat a un élu à la Chambre. Une première dans le département.
Abattre du laiton
Pour le syndicat, le contexte porcin est qualifié de "catastrophique pour les éleveurs". Hervé Guillerm, le responsable porc à la CR 29, parle de "perte de 150 000 euros pour 200 truies, résultat combiné de l'augmentation du prix de l'aliment et de la baisse du prix du cochon". Pour ce responsable syndical, la solution pour passer la tempête ne se résume pas à attendre la multiplication des dépôts de bilan, synonyme de baisse de production. "Il faut abattre du laiton plutôt que de le brader aux Espagnols au prix de 8 euros, dont 2 euros d'aide au transport, comme c'est le cas aujourd'hui. D'autant que ces porcs vont revenir sur le marché dans 6 mois, tout comme ceux mis en stockage privé".
La Coordination pense qu'une opération d'abattage de porcelets aurait pu déjà se faire en investissant 0,5 euro/charcutier vendu. "En partie avec l'argent d'Inaporc, interprofession à laquelle les producteurs contribuent à hauteur de 0,15 euro /porc". Le syndicat pense d'ailleurs qu'une telle opération d'abattage de laitons relève au moins autant de l'effet psychologique. "Si l'abattage se faisait pendant une semaine, les abatteurs appuieraient un peu plus sur le bouton du cadran", est convaincu Hervé Guillerm.
+ 135 euros/1000 L de lait
En production laitière, le syndicat estime que "le compte n'y est pas". "Le prix du lait aurait dû être de 400 euros/tonne", chiffre Thierry Kerneis, responsable de l'OPL 29 (organisation des producteurs de lait de la CR), en soulignant le décalage français, de 80 euros/t avec l'Allemagne et la Pologne, de 100 euros/t avec l'Espagne. Au regard de ces prix, la perte pour un producteur français disposant d'un quota de 300 000 L est de 2 000 euros par mois". Et le responsable de l'OPL "d'exiger une hausse de 135 euros/t au 1er trimestre 2008. Ce qui porterait le prix du lait à 420 euros/t".La CR29, qui conteste le manque de réactivité de la grille, tire en fait à boulets rouges sur la FNPL qui, selon elle, "freine les augmentations. Car en France on est dans la logique d'agriculteurs fournisseurs de matière première pour faire tourner les outils industriels". D'où encore cette autre requête relative à "des compléments de prix de 40 euros/1 000 L sur le deuxième semestre 2007".
Le syndicat s'attaque également au système des pénalités qui ne "pénalise que les producteurs", pour reprendre les termes des responsables. Et de donner leur version des textes : "Selon le droit européen, les producteurs d'un pays qui ne dépasse pas son quota national n'ont pas à payer de pénalités. D'autant que les laiteries n'ont pas versé les pénalités à l'Office du lait".
Enfin, la CR qui réclame "une maîtrise et une organisation de la production" se positionne pour un ajustement permanent des quotas au marché. C'est-à-dire pour un quota flexible de plus ou moins 2 à 3 % selon la situation du marché. "Car il ne faut pas se leurrer. Du fait des normes environnementales, notre région ne pourra pas produire beaucoup plus. Sachant surtout que la rentabilité des exploitations laitières se fera d'abord sur des prix rémunérateurs".
Didier Le Du
Bassins versants
Sur les bassins versants, la CR 29 en appelle "à des mesures agronomiques de bon sens". Et le président de la CR 29, Bruno Demeuré, de réclamer un autre calendrier d'épandage, la possibilité d'épandre du fumier avant cultures céréalières, d'épandre de la matière organique à petite dose sur légumineuses, de considérer les cannes de maïs comme couvert.
Le syndicat refuse catégoriquement que des boues de station soient épandues sur les terres agricoles tant que le dossier des bassins versants n'est pas réglé. "On ne peut pas être pollueur au niveau agricole et dépollueur quand il s'agit des déchets de la collectivité", s'élève B. Demeuré qui réclame par ailleurs une étude concrète pour connaître la production d'azote des exploitations et envisager la sortie des Zes pour les cantons à moins de 170 unités.
Légende : Pour résorber la crise porcine, la CR 29 propose un abattage ponctuel de laitons en partie financé par Inaporc.