
Le groupement Lisoé est né en janvier 2007 de la fusion de 2 groupements : Lapin Angevin et Cam 56. La première assemblée s'est déroulée dans un contexte tendu. Comme les autres éleveurs, les adhérents doivent en effet faire face à une baisse des prix de vente du lapin alors que le coût de l'aliment ne cesse de progresser. L'année 2007 va se terminer avec une cotation annuelle moyenne de l'ordre de 1,56 euro/kg vif alors qu'en 2006, la moyenne se situait à 1,608 euro/kg.
Hausse des charges
Parallèlement, les producteurs ont subi l'augmentation du coût alimentaire. "Avec une augmentation de l'aliment de 30 euros/t., le prix de vente devrait se situer à 1,84 euro/kg et à 2,02 euros pour une augmentation de 60 euros/t", estime Nathalie Rousseau, présidente de Lisoé. La filière lapin connaît la même situation que le porc avec une hausse des coûts de production et une baisse des prix de vente.
Pourtant, les éleveurs n'ont pas ménagé leur peine, comme le montrent les résultats des études de groupe de CerFrance. De 2000 à 2006, le nombre de lapereaux produits par lapine a progressé de 43,6 à 50,4 (+15 %) et l'indice de consommation a chuté de 3,98 à 3,57 (-10 %). "Face à cette progression, les éleveurs s'estiment mal rémunérés".
Un écart de prix
Le prix de vente en magasin est-il un frein à la consommation ? B. Bonnier, directeur de Bretagne Lapins à Baud, (70 000 lapins/semaine), considère que pour un prix d'achat au producteur de 1,63 euro/kg vif, le prix de rétrocession à la GMS est de 4,50 euros/kg de carcasse. "L'écart peut paraître important, il s'explique par le faible rendement viande du lapin (55 %), par les frais de ramassage, d'abattage et de transformation", souligne B. Bonnier. "L'abattoir aura cette année un exercice déficitaire".
Cela ne devrait être le cas des GMS qui appliquent un coefficient multiplicateur minimum de 1,40 sur le prix d'achat. Les prix de vente au consommateur se situent donc entre 6,3 et 7 euros/kg. Selon les magasins, ils peuvent atteindre 10 euros/kg voire plus.
Maîtriser la production
Le contexte de crise mobilise la filière. "On ne pourra s'en sortir qu'en se serrant les coudes" a répété Nathalie Rousseau. Il y a trop de lapins sur le marché : 90 % sont bien commercialisés et 10 % le sont à prix cassés. "L'avenir passe donc par la maîtrise de la production". C'est la seule solution pour espérer une hausse des cotations. "Actuellement, ce sont les abattoirs qui régulent la production, ce qui n'est pas sain pour la filière. Il faut avancer ensemble", ajoute Pascal Mancel, président de la FGCO.
5 à 10 % du volume
La maîtrise pourrait porter sur 5 % du volume produit au niveau national. Certains opérateurs pourraient demander à leurs fournisseurs d'aller jusqu'à 10 %. Les modalités pratiques vont varier d'un abattoir à l'autre, certains souhaitant une maîtrise sur l'année, d'autres sur une période précise. C'est le cas de Bretagne Lapins, qui propose une maîtrise de la production sur 24 semaines à partir de la semaine 12 de 2008. "Les adhérents de Lisoé seront peu touchés, car cette baisse devrait correspondre aux arrêts d'activité de producteurs", précise P. Jégo, directeur.
La maîtrise exigera un peu de souplesse. "Il ne faut pas redescendre trop bas sous peine d'annihiler les conséquences bénéfiques des promotions de viande de lapin qui vont être lancées sur les programmes radio", déclare Jean-Pierre Cavelier, président du Clipp. Une maîtrise de la production peut-elle conduire à une entrée plus forte de produits importés ? "Les autres pays de l'Union européenne sont dans la même situation que nous", souligne B. Bonnier. Il estime que le risque est faible, pour 2007-2008.
Mieux positionner
Les efforts doivent aussi porter sur un meilleur positionnement du lapin français dans les rayons, en mettant en avant les signes de qualité comme Lapin Confiance. "Le lapin français bénéficie d'une bonne image à l'étranger", précise B. Bonnier. Bretagne Lapins exporte 15 % de sa production. Le consommateur apprécie les garanties apportées.
Malgré la crise, il reste des raisons d'espérer. Le Clipp, l'interprofession lapins fédère l'ensemble des maillons de la filière, il est capable de coordonner une action forte, comme la maîtrise de la production. Et le Grand Ouest a un atout de taille pour rebondir : la technicité de ses producteurs. Encore faut-il que les prix soient suffisants pour assurer un niveau de revenu.
Patrick Bégos
Lisoé en quelques chiffres
- 82 adhérents pour 32 900 cages mères
- taille moyenne d'élevage 414 cages-mères
- 51 % de la production en lapins standards
- 41 % sous signe de qualité (lapin des menhirs, bien être, label rouge)
- conduite d'élevage : en label conduite à 3 semaines obligatoire
hors label 77 % en bande unique et 15 % à 3 semaines
Le lapin, un achat confiance
Une étude dans les rayons des hypers et des supermarchés a permis de caractériser le lapin :
- un achat plaisir et santé
- un achat spontané et non réfléchi
- un produit auquel on ne pense pas et qui est considéré comme cher
- le manque de visibilité dans les rayons freine les achats
Légende : Pascal Mancel, trésorier de Lisoé et président de la FGCO, Nathalie Rousseau, présidente de Lisoé et Pierrick Jégo, directeur.