Le différentiel exceptionnellement élevé entre prix du porc et coût de revient fait estimer actuellement la perte à plus de 35 centimes du kilo. « Tant qu’il n’y aura pas une baisse significative de la production, le prix ne décollera pas », estime Guy Roué, président d’Inaporc (Interprofession nationale porcine) qui intervenait vendredi soir lors de l’assemblée générale de la Coopérative « La Paysanne » (22).
Crise insupportable
Alors que les signes de détente sur les marchés des matières premières se font attendre, il est d’autant plus septique, qu’en un mois, le stockage privé écartant 5 % de la production (92 000 tonnes) a seulement permis de retrouver une certaine fluidité. « Il faudrait sortir 4 % en Europe, soit 10 millions de porcs et l’équivalent de 500 000 truies ». C’est dire si les premiers signes de décapitalisation en Allemagne ou Espagne ne sont pas encore suffisants pour espérer une remontée significative des prix. Quant aux restitutions, elles vont sûrement permettre de dégager le marché surtout vers la Russie mais pas sur la Corée ou le Japon. L’effet risque en outre d’être limité compte tenu de la parité euro/dollar.
Cette crise va cependant devenir rapidement insupportable pour les éleveurs. « Des crises avec une perte de 15 euros par porc, on les a supportées, mais pas à 30 euros ». Estimant que même le cumul de la mise en place de dispositifs d’allègements de charges, d’un nouveau Stabiporc et l’accompagnement des banques ne permettront pas de dégager suffisamment de moyens. Il prend en outre pour référence les précédentes crises qui ont toujours duré entre 2 ans et 2 ans ½. De fait il ne voit pas de réelle embellie avant la fin 2008 et plus sûrement en début 2009.
Pour autant, si les éleveurs arrivent à tenir le choc, Guy Roué entrevoit à moyen terme des jours plus heureux. L’état sanitaire se dégrade dans certaines régions du monde : Canada et Chine. Ce qui le persuade que la demande sera forte. « Quand la tendance va se renverser, les choses vont redevenir très favorables ».
Un minimum de couverture
Cette dernière crise l’amène par ailleurs à plaider pour la mise en place de solutions pour assurer un minimum de couverture des risques. « Il faut saisir l‘opportunité des propositions des pouvoirs publics qui vont dans ce sens, et pourquoi ne pas récupérer une partie des sommes de la modulation. Les productions porcines et avicoles pourraient émarger en mettant aussi la main à la poche ». Rappelant la réflexion conduite il y a quelques années dans le sens de la création d’un fonds mais qui n’avait pas abouti.
Il conclut : « Les éleveurs ont toujours eu un réflexe individualiste, refusant des solutions collectives. L’avenir passe pourtant par des regroupements en amont et en aval pour atteindre la dimension du marché de plus en plus mondialisé ». Avouant une certaine déception que cela n’avance pas plus vite, il voit trois groupes se dessiner rapidement, à terme de 5 ans, en fonction des philosophies : les 100 % coopératifs, les alliances entre intérêts coopératifs et privés dans une optique plus capitalistique, et la minorité de ceux qui ne veulent être nulle part.
Pierre Dénès