
Jusqu'au mois de juillet dernier, le GMQ de mes charcutiers dépassait 900 g/jour en engraissement" déclare Ismaël André, éleveur à Mantallot dans les Côtes d'Armor. "Les porcs étaient nourris à volonté pendant toute leur croissance. L'objectif était de les sortir le plus rapidement possible". L'éleveur n'avait pas vraiment le choix. Le manque de places imposait des durées d'engraissement inférieures à 165 jours. Revers de la médaille: le TMP des mâles plafonne à 56,5 (59,3 pour les femelles) et la situation est difficile à tenir au niveau sanitaire en l'absence de vides conséquents.
Depuis juillet dernier, Ismaël loue une porcherie de 200 places à l'extérieur. "Je ne voulais pas vendre de porcelets et je souhaitais garder mon potentiel de production". Les objectifs sont revus: augmenter le TMP moyen en acceptant une baisse de GMQ. Au niveau génétique, le P76 est remplacé par le Neckar. "Les cochons sont naturellement moins gourmands, les croissances seront moindres". Ismaël accepte 50 grammes de GMQ en moins en engraissement soit 5 jours de croissance en plus environ. L'aliment, unique, utilisé dès l'arrivée en engraissement à 82 jours, est un aliment finition à 15% de protéines, enrichi en lysine. L'éleveur espère, dès les prochains lots, une baisse du coût alimentaire et une augmentation de la plus-value pour une meilleure marge au final.
De la croissance avec une alimentation à volonté
Les études réalisées à Crecom et à Guernevez confortent le choix d'Ismaël André. "Si l'on veut privilégier le coût alimentaire et le TMP, il faut rationner les porcs, surtout les mâles en finition. La marge sur coût alimentaire donne un avantage aux régimes avec plafonnement par rapport à une alimentation libérale" déclare Catherine Calvar, ingénieur à la Chambre d'agriculture.
Quatre plans d'alimentation ont, en effet, été testés. Ils démarrent à 1,2 kilo d'aliment par jour. Le premier est à volonté jusqu'à l'abattage. Les porcs ont consommé 2,4 kilos par jour en moyenne. Placés dans de bonnes conditions sanitaires, ils obtiennent un GMQ avoisinant 950 grammes, proche des résultats observés chez Ismaël André. Les TMP sont plus faibles que dans les autres plans testés, surtout pour les mâles qui ont deux points de moins que les femelles.
Le plan, rationné au départ (+25 g/j jusqu'à 65 kilos) et à volonté ensuite, donne de bonnes croissances (890 g/j) et une consommation journalière moyenne de 2,3 kilos. Les TMP sont légèrement meilleurs qu'avec le régime précédent.
De la qualité de carcasse en rationnant en fin d'engraissement
Les deux plans précédents, à volonté en fin d'engraissement, donnent des TMP inférieurs à ceux obtenus avec des plans d'alimentation rationnés en fin d'engraissement. Deux plans de ce type ont été testés: rationnés du début à la fin (+25 g/j jusqu'au plafond de 2,5 kilos d'aliment) ou à volonté jusqu'à 2,5 kilos de plafond en fin d'engraissement (+35 g/j jusqu'à 2,5 kilos). Pour ces deux plans d'alimentation, la consommation journalière moyenne est de 2,1 à 2,2 kilos. Les GMQ sont proches de 850 g/j avec avantage au second. Les TMP sont de 59-60 en moyenne.
Les différences de croissance entre les quatre conduites alimentaires se traduisent par des indices de consommation globalement favorables aux régimes plafonnés sur la fin d'engraissement. Les rendements de carcasse et le TMP sont également supérieurs avec les plans plafonnés. Les épaisseurs de gras sont moins élevées. L'écart de TMP entre mâles et femelles est moindre pour ces mêmes conduites. Catherine Calvar conclut: "Ces résultats, comme ceux observés chez Ismaël, laissent penser que les femelles peuvent être alimentées à volonté tout au long de l'engraissement, tandis que les mâles doivent être rationnés en finition pour préserver la qualité de carcasse". L'allongement de la durée de croissance, notamment pour les mâles, suppose d'avoir suffisamment de places.
Bernard Laurent
Légende : Jean Noël Le Chanu, technicien à Poraven, Ismaël André, éleveur et Catherine Calvar, ingénieur à la Chambre d'agriculture de gauche à droite