
Cette année, les producteurs de lait ont des opportunités de livraisons supplémentaires, la demande mondiale est en progression constante alors que la production ne suit pas", explique Jean-Luc Fossé, président du pôle herbivores des Chambres d'Agriculture. Les prix de vente s'améliorent. Mais, nous ne sommes pas à l'abri d'un retournement de situation. "Des incertitudes planent sur l'avenir, notamment la réforme de la Pac après 2013. La quasi-disparition des mécanismes de régulation peut générer des fluctuations importantes à tous les niveaux".
Maîtrise des coûts
Les éleveurs sont confrontés à deux dilemmes : ils doivent gérer leur système de production sur le long terme tout en essayant de répondre aux opportunités à court terme. "Dans ce contexte, la maîtrise des coûts de production reste un élément fondamental, elle a permis de conserver une bonne compétitivité de nos exploitations". La réflexion doit se poursuivre sur l'évolution des charges de structure. "L'euphorie sur les prix ne doit pas conduire à des investissements irraisonnés", poursuit le président.
Au-delà des marchés, l'un des enjeux de la filière laitière est de rendre le métier d'éleveur plus attractif. Les demandes de cessation sont actuellement aussi nombreuses que l'an dernier, malgré de meilleurs prix. "Il faut rendre le métier moins astreignant pour ceux qui restent, simplifier les tâches, réduire la pénibilité sans pénaliser les résultats économiques".
Gain de temps
Les solutions existent : des gains de temps sont possibles dans l'élevage des génisses, dans le groupage des vêlages avec des périodes consacrées aux IA et au tarissement. De nouvelles technologies sont testées, comme l'utilisation de capteur de température et de rythme cardiaque dans le bolus, pour prévoir les vêlages, les chaleurs,… L'automatisation de la traite progresse. La distribution hebdomadaire du fourrage permet de réduire de 30 %, le temps passé par rapport à la distribution quotidienne, selon une expérimentation faite à Trévarez.
Adapter le conseil
"Les trajectoires des exploitations ne seront pas les mêmes selon les territoires bretons", souligne Alain Hindré. L'objectif est de fournir aux agriculteurs et aux conseillers des outils pour déterminer les pistes d'évolution les plus adaptées à leur situation, au travers d'un diagnostic personnalisé. "La recherche doit être réactive, elle doit prendre les risques à la place des éleveurs".
Plusieurs solutions sont ainsi proposées pour faire face à l'augmentation provisoire du droit de produire, en cours de campagne. Quel gain attendre sur une augmentation de lait ? Quel coût ? quelles limites ? "Nous proposons des solutions pour choisir la ou les bonnes stratégies à court terme", déclare Guylaine Trou.
Gagner plus
Pour Yves Droumaguet : "il faut que chaque exploitant puisse optimiser les produits, en s'adaptant au contexte climatique et environnemental, à ses contraintes de travail". Les journées départementales sont organisées sur le thème "Gagner plus par mes produits". Il s'agit d'optimiser chaque produit (lait, viande, cultures) et surtout d'assurer la combinaison optimale de ces produits.
"La démarche consiste à repartir des atouts de l'exploitation, à ajuster la surface consacrée au lait, à choisir entre les opportunités viande et cultures et à maîtriser les itinéraires techniques", souligne Michel Grasset. "Cette combinaison doit s'inscrire dans une ligne de conduite à long terme et non sur des éléments très conjoncturels. La maîtrise des charges opérationnelles et des investissements demeure essentielle". Un guide sera distribué aux éleveurs, lors des journées lait.
Pour Jean-Luc Fossé, la dynamique laitière se maintiendra en Bretagne, si la rémunération demeure correcte. L'Ouest de la France a une marge de manœuvre pour augmenter la productivité du travail. Une filière solide se construit jour après jour.
Patrick Bégos
Légende : Les élus et ingénieurs du pôle herbivore des Chambres d'Agriculture proposent des solutions pour s'adapter au nouveau contexte laitier.