
Alliance génétique Urcéo regroupe les adhérents de la coopérative d'insémination qui participent à la création de progrès génétique. Autrement dit, ces élevages qui sélectionnent les mères à taureaux, qui produisent de nouvelles lignées au travers d'achats d'embryons ou d'accouplements raisonnés ou originaux, etc. Ils sont ainsi quelques centaines d'éleveurs à constituer ce que l'on peut appeler la pépinière génétique de la race Holstein. Une pépinière de laquelle sortiront les taureaux d'insémination de demain.
En quête de vaches faciles à vivre
"Les objectifs de sélection de Créavia ont été définis en fonction des besoins génétiques de 2015", a expliqué Jean-Pierre Le Duigou, président d'Alliance Génétique, lors de la journée annuelle organisée à Plounévézel. "Mais ces objectifs devront être actualisés au regard des nouvelles perspectives de l'économie laitière", a-t-il ajouté.
Pour ce qui est des priorités actuelles, définies il y a deux ans, on trouve bien
entendu "la matière protéique, associée à la diminution de la sélection sur le TB". Avec toutefois un tournant puisque l'on ne recherche plus des taureaux dégraisseurs comme on l'a connu les années passées.
Les taureaux qui vont sortir devront aussi produire des vaches faciles à vivre. C'est-à-dire, des vaches fonctionnelles (mamelles faciles à traire), qui vêlent bien (pas la peine de se lever la nuit) et résistantes. "Je pense notamment au consommateur qui est regardant sur les antibiothérapies", a noté J.P. Le Duigou. Ces taureaux d'insémination devront également produire des animaux solides sur leurs pattes (adaptation au béton). Enfin, plus que des animaux grands, les laitières de demain devront d'abord être larges de poitrine (pour valoriser les rations).
Diversité génétique
"L'offre génétique s'élargit depuis que nous travaillons au sein de Créavia, avec Génoé et Midatest", rassure pour sa part Thomas Krychowski, directeur général. Même confiance au niveau de la variabilité génétique recherchée par les éleveurs pour éviter les phénomènes de dépression liée à la consanguinité (problème de reproduction, de production, de vêlage, etc.). Les 230-240 mères à taureaux qualifiées et les 60 pères à taureaux utilisés actuellement, contre 20 par le passé, devraient permettre de répondre à cette attente. Cette palette plus large est à mettre au crédit du regroupement des efforts de sélection au sein de Créavia.
"En 2000, quand nous achetions 20 mâles, nous en testions 15. Aujourd'hui, nous en achetons 50 pour en tester 35", détaille Marc Bolard, directeur de production, tout en indiquant que les taureaux achetés et testés proviennent d'élevages plus nombreux et sont issus de davantage de mères à taureaux et de pères à taureaux que par le passé. "Nous avons en effet une volonté de diversifier la ressource".
L'Urcéo souligne encore que la précision de sélection gagne actuellement des points. "Aujourd'hui nous connaissons mieux les vaches dont les fils sont mis en testage puisque, de 2002 à 2006, elles ont gagné 350 jours d'âge", poursuit M. Bolard. Dans les faits, cela signifie que proportionnellement le nombre de génisses "mères à taureaux" diminue au profit de vaches. Des vaches "mères à taureaux" qui ont déjà fait partiellement leurs preuves et dont on connaît logiquement mieux les index fonctionnels : capacité à vieillir, fertilité, cellules.
Holstein sans cornes
Bref, l'Urcéo continue d'investir pour les producteurs laitiers qui seront là dans 10 ans. Total investi sur le dernier exercice : 1,141 million d'euros ou, selon une autre base de calcul, 3 200 euros par mâle acheté. Une façon pour le président de l'Urcéo, Jean-Pierre Mourocq, d'insister sur la volonté de l'unité de sélection bretonne de rester parmi les piliers de la création génétique. Une création qui se veut innovante comme le suggère le programme de sélection Holstein sans corne qui sera exploré ces prochaines années. "C'est une niche. Il faut y être et les premiers", conclut le président.
Didier Le Du
Que seront les taureaux de 2011 ?
Les taureaux nés en 2006 sortiront en 2011. Le bilan génétique de ces mâles, présenté lors de la journée Alliance Génétique, laisse augurer de nouvelles générations de reproducteurs toujours meilleures que les contemporaines. Avec cette prudence que les index calculés sur ascendances restent "provisoires" puisqu'ils évolueront inévitablement au fur et à mesure de la prise en compte des productions et des pointages de leurs filles.
•TB : La génération des taureaux nés en 2006 marque la fin des taureaux dégraisseurs.
•Lait : "Dans le nouveau contexte, il faudra des taureaux laitiers". Les taureaux nés en 2006 sont dans la ligne des années précédentes avec légèrement plus de lait que les années précédentes (+ 604). Reste à confirmer…
•Morphologie : "On peut s'attendre à avoir des séries très amélioratrices". L'observation de l'évolution de l'index morphologique depuis 2001 montre une progression constante de ce critère (+1,51 pour les taureaux nés en 2006).
Mamelle : Même tendance qu'en morphologie.
Capacité : Une génération prometteuse en 2011 (+1,09).
•Membres : Les nouvelles séries marquent une avancée dans ce sens depuis 4 ans.
•Cellules : Les taureaux de 2010-2011 devraient gravir une marche supplémentaire sur ce caractère prioritaire.
•Fertilité : Les unités de sélection ont plus de mal à appréhender ce critère car elles ne disposent pas toujours de l'index fertilité des pères à taureaux utilisés. Sans compter que des pères à taureaux, comme Addison, ont influencé négativement ce critère.
•Isu : Il progresse. Ce qui signifie que les progrès qui n'ont éventuellement pas été faits en production l'ont été sur d'autres critères (fonctionnels).
Légende : Jean-Pierre Le Duigou (à gauche), président d'Alliance Génétique Urcéo, et Jean-Yves Rissel, vice-président.