
A près le revers subi en début d’année aux élections à la Chambre d’agriculture, d’aucuns auraient pu craindre une certaine morosité dans les rangs des responsables de la Confédération Paysanne. Certes la déception a été grande, mais la vie ne s’arrête pas à une élection », souligne son porte-parole, Thierry Thomas. Il explique que ce résultat est d’abord l’illustration de la montée d’un certain individualisme marqué par moins de solidarité. Il l’accepte comme tel alors que le syndicat fête son 20e anniversaire. Regrettant néanmoins les répercussions sur le financement du syndicat, pour partie lié à ce résultat.
Un écho plus favorable
Pour autant, la Confédération ne sombre pas dans le pessimisme, plutôt satisfaite de constater que des idées qu’elle défend depuis de longues années trouvent désormais quelques échos favorables. « 2007 a vu les idées de la Confédération Paysanne s’imposer auprès d’organisations majoritaires et de responsables politiques » se réjouit Thierry Thomas.
Il prend pour exemple le Grenelle de l’environnement qui a vu avancer l’idée d’un moratoire (même limité dans le temps) sur les OGM, une volonté plus clairement affichée du développement d’une agriculture durable et biologique, la diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires... « Le modèle n’est pas à inventer, il existe déjà ». Faisant référence à la démarche engagée par les agriculteurs qui ont intégré des cahiers des charges type Cedapa, réduction d’intrants ou bio. « C’est un modèle accessible à tous ». Reste selon lui à l’encourager, à l’accompagner et à lui donner quelques moyens notamment au niveau de la Recherche. Autre motif de satisfaction, l’évolution des esprits sur la Pac et les aides. « Nombre de nos détracteurs nous rejoignent, contestant désormais la référence historique et privilégiant le lien de l’aide à l’actif ».
Une planète encore très rurale
Egalement largement évoquée, la nouvelle donne européenne et mondiale sur le marché des matières premières. La Confédération s’interrogeant à juste titre de savoir « si la hausse des prix agricoles sera ou non durable ». Pour apporter un éclairage, elle avait invité Marcel Mazoyer, économiste et professeur à l’institut national agronomique de Paris Grignon. Il aura surtout fait un état des lieux mondial de l’évolution des différentes agricultures, mettant en évidence les grandes disparités entre celles qui ont pu se développer et celles, encore les plus nombreuses, qui demeurent des agricultures qu’il qualifie de manuelles. Avec des écarts de productivité qui ne cessent de s’accroître, passant de 1 à 10 au début du XXe siècle à 1 à 2 000 aujourd’hui. Rappelant aussi que la population agricole et rurale reste encore majoritaire (53%). Son analyse l’amène à conclure que l’avenir passe par un marché mondial de grandes régions qui permet de protéger les différentes agricultures. Il rejoint les sceptiques sur la production d’agro carburants, en fixant comme priorité la production de biens alimentaires pour que toutes les populations puissent manger à leur faim.
Pierre Dénès
Légende photo : De gauche à droite : Jean Marc Thomas, Thierry Thomas et Marcel Mazoyer