
U n dossier environnemental supplémentaire sur les tablettes des responsables environnement de la FDSEA. Après celui épineux des bassins versants contentieux, toujours en cours, la révision du Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux fait craindre le pire. Celui-ci doit réactualiser d’ici à 2009 les règles permettant d’atteindre le bon état écologique des eaux (Sdage) à l’horizon 2015. Sont concernés les nitrates, les micropolluants, les macros polluants, les pesticides, le phosphore…
Ce sont d’ailleurs les préconisations concernant les normes phosphore qui inquiètent la profession. « Le Sdage envisage notamment d’appliquer de nouvelles normes et de contraindre les agriculteurs à réduire fortement les apports de phosphore pour arriver à l’équilibre de la fertilisation sur certains secteurs en amont de quelques prises d’eau. Cela concerne en Côtes d’Armor le Gouët, l’Arguenon, Le Blavet (Kerné-Huel et Guerlédan), Rophémel, L’Hyvet », expliquent Alain Tiengou et Yves Marie Beaudet.
Les conséquences sont jugées dramatiques au niveau des plans d’épandages, puisque cela aboutirait pour des élevages porcins à exiger des surfaces d’épandages de 30 à 50 % supérieur à celles exigées actuellement, et pire encore pour les ateliers avicoles puisque les déjections sont plus riches en phosphore. Une aberration qui conduirait certains éleveurs à apporter de l’azote minéral pour assurer la couverture des besoins des cultures.
Des incohérences
Pour les responsables, si l’objectif de vouloir limiter les risques d’eutrophisation des eaux est louable, il existe d’autres méthodes pour éviter le transfert du phosphore vers les eaux. Rappelant en outre que la présence de phosphore dans les eaux est plus liée à des rejets directs, notamment de certaines stations d’épuration des collectivités que de l’activité agricole. D’ailleurs pour sensibiliser les élus sur le dossier, la FDSEA a pris récemment l’initiative de réunir des élus concernés en leur expliquant les conséquences pour les agriculteurs, mais aussi pour les collectivités au niveau des plans d’épandages chez les exploitants.
Le réseau syndical est aussi allé à la rencontre des élus avec une motion destinée aux membres de l’Agence de bassin Loire-Bretagne qui doivent statuer dans les prochains jours sur ce dossier. Elle reprend la demande professionnelle de maintien de la norme phosphore à 100 kg par ha, norme actée par la préfecture de Région en 2006. Cette motion souligne aussi l’incohérence entre ces secteurs appelés « masses d’eau » retenus pour le plan d’action phosphore et les différentes cartes de qualité de l’eau éditées par la Diren et l’Agence de l’eau. « Ces masses d’eaux se situent justement sur des secteurs classés parmi les meilleurs au niveau de l’eutrophisation des cours d’eau. Nous avons l’impression d’être sacrifiés au profit de certains pôles industriels comme Rennes, Vannes et Lorient ». Une rencontre devrait aussi avoir lieu dans les prochaines semaines avec Ambroise Guellec, le président de l’Agence de l’eau Loire Bretagne.
Pierre Dénès
Légende photo : Alain Tiengou et Yves-Marie Beaudet, responsables environnement à la FDSEA.