
L es dépenses de santé représentent un enjeu médical et sociétal. Les consommateurs veulent un animal qui ait consommé le moins de médicaments possible. Ces dépenses représentent également un enjeu économique à l'échelle de l'élevage. Les frais vétérinaires atteignent 6% du coût de revient du kilo de carcasse en moyenne. Toutes ces dépenses sont-elles judicieuses en terme de rentabilité ? « Le calcul doit être réalisé par chaque éleveur compte tenu de ses propres résultats technico-économiques » déclare Frédéric Colin. « Nous avons aujourd'hui, dans la plupart des élevages les moyens de réaliser les calculs. La GTE, les bordereaux Uniporc, l'âge à la vente, tous les résultats technico-économiques sont connus. Les contrôles cliniques sont possibles. Les aspects lésionnels, notamment pour la qualité des poumons, sont visibles à l'abattoir ».
Calculer la rentabilité avant la mise en place d'un protocole
En période de croissance, les critères majeurs pris en compte sont le pourcentage de pertes, l'indice de consommation et le GMQ. La pertinence de chaque traitement ou vaccination doit être évaluée. Le docteur Colin a réalisé une simulation à partir de la moyenne des GTE des naisseurs-engraisseurs bretons en 2006. « Si vous investissez 1 euro en dépenses de santé en post sevrage, il faut que le traitement ou le vaccin mis en place entraîne une baisse du pourcentage de pertes de 1,3% ou que l'IC diminue de 0,16 ou encore que le GMQ augmente de 29 grammes » affirme t-il. Une variation, de cet ordre, de l'un des trois paramètres suffit à rentabiliser le traitement. Les données doivent être réactualisées en fonction de la conjoncture. Compte tenu de l'augmentation du prix de l'aliment notamment, les chiffres ont évolué. Le mode de calcul reste pertinent. « Dans tous les élevages qui disposent de moyens de contrôle et de suivi de l'évolution des paramètres cliniques, zootechniques et économiques, le calcul doit être fait avant la mise en place d'un protocole de traitement ».
L'exemple du mycoplasme
Une étude réalisée en février 2007 montre qu'un élevage affecté par le mycoplasme avec une notation pulmonaire de 6, enregistre une perte de plus de 5 euros par porc, compte tenu des mauvais résultats de mortalité, d'IC et de GMQ. « Pour un élevage de 200 truies qui produit 4 200 porcs par an, le coût se chiffre à 21 000 euros par an. Dans cet élevage, le coût d'une vaccination mycoplasme atteindrait 5 000 euros. Le bénéfice économique calculé est de 9 000 euros par an, car la vaccination ne permet pas d'enrayer totalement la pathologie. La rentabilité de l'investissement est, dans ce cas, de 180% ». Toutes les données existent pour effectuer ces calculs à l'échelle d'un élevage. Ce calcul peut également être inversé. « Si on cesse une vaccination réalisée depuis quelques années, on peut connaître le seuil de dégradation des résultats techniques acceptables pour que l'économie de vaccins soit rentable ».
Pour optimiser au maximum une vaccination, il faut avoir de bonnes pratiques vaccinales et une bonne gestion des risques pathologiques. Le docteur Colin reprend l'exemple de la vaccination mycoplasme, réalisée par 85% des éleveurs. « Il faut la faire le plus tôt possible à condition que les animaux soient sains. Beaucoup d'éleveurs vaccinent en maternité. Ils ont pris cette habitude à une période où les porcelets étaient en bonne santé. Quand les diarrhées surviennent, ils poursuivent la vaccination sur des animaux malades. C'est contre-productif ». S'assurer des bonnes conditions de traitement et raisonner les frais vétérinaires comme un investissement santé: « La majorité des éleveurs ont les moyens de le faire aujourd'hui ».
Bernard Laurent
Légende photo : Plus de 150 éleveurs ont assisté au forum Pigalys, vendredi dernier à Carhaix.