
C 'est un contexte de crises alimentaires qui a initialement enclenché la réflexion ayant abouti, en 1999, à la création de la Charte des bonnes pratiques d'Élevage (CBPE). "Pour l’éleveur adhérent, c'est un outil de progrès et d’autoévaluation de ses pratiques", indiquent ses initiateurs. L'outil a été développé petit à petit, en 2003 puis en 2007.
Dans le même temps, il a gagné du terrain dans les élevages de France, avec aujourd'hui 45 % des éleveurs français concernés. En Bretagne, les résultats sont supérieurs : mi 2007, la Charte concernait 70 % des détenteurs de bovins, ce qui amenait le Comité régional de pilotage à décréter : "l'objectif est quasiment atteint pour les départements d'Ille-et-Vilaine et des Côtes d'Armor mais des marges de progrès subsistent dans le Finistère et le Morbihan". Impossible néanmoins d'obliger quiconque à adhérer : la démarche est volontaire. "Il s'agit d'une démarche de progrès", insiste Philippe Kergourlay, directeur du GIE Lait-Viande. Alors que se tenaient, mercredi et jeudi 28 et 29 à Rennes, les Journées nationales de la CBPE, petit retour sur ce qu'elle implique à l'échelle de l'exploitation.
7 engagements essentiels
La Charte 2007, implique, pour tout nouvel adhérent, sept engagements essentiels. Quatre sont communs aux élevages bovins lait, viande et veaux : assurer la traçabilité des animaux de l’exploitation (bouclage, conservation d’informations sur les mouvements d'animaux, etc.), fournir aux animaux une alimentation saine, équilibrée et suivie (nourriture conforme aux besoins, conservation des documents précisant la nature, la quantité et l'origine des aliments venant de l'extérieur de son exploitation, etc.), s’assurer de leur bien-être (bonnes conditions de logement et d'hygiène, etc.) et de leur santé (carnet sanitaire, élimination des déchets vétérinaires dans les filières organisées, etc.) et participer à la protection de l’environnement (enregistrement des pratiques de fertilisation, stockage des effluents d'élevage, stockage des produits phytosanitaires dans un lieu fermé, etc). S'y ajoutent des engagements spécifiques : protéger la qualité du lait par une hygiène rigoureuse pour les élevages laitiers (propreté des locaux de traite, éclairage suffisant dans la salle de traite pour examiner les mamelles, conservation des analyses réalisées sur son lait, etc.) et quelques points spécifiques à l’hygiène de la production et au bien-être pour les élevages de veaux (élevage en groupe, bâtiments suffisamment aérés et éclairés, etc).
Concrètement, tout éleveur souhaitant adhérer à la Charte rencontre un technicien d’élevage avec lequel il discute de sa situation et recherche les améliorations éventuelles. Selon les résultats de l’audit, son adhésion peut être différée, afin de laisser du temps à la "mise à niveau", ou immédiatement validée. Par la suite, il reçoit la visite, tous les 2 ans, du technicien d’élevage pour validation des acquis et étude des points sur lesquels une marge de manœuvre persiste. D'après les retours globaux concernant tous les adhérents de la Charte, des progrès restent à faire sur trois points principaux : la tenue du carnet sanitaire, la conservation des bons – étiquettes d'aliments et les voies d'accès aux bâtiments.
Exigences liées à la conditionnalité
Enfin, les critères de la Charte sont décidés en cohérence avec les points contrôlés via la conditionnalité des aides Pac, même si l'ensemble de ces derniers n'est pas intégré dans la CBPE. Lorsqu'un adhérent se situe entre la limite minimale et l'objectif fixé pour un critère, il est classé en situation de "marge de progrès" (et non pas pénalisé), le rôle de la Charte étant de "sensibiliser et de faire en sorte que l'éleveur se donne les moyens de progresser".
Anne-Laure Lussou
Légende photo : Le stockage et l'élimination des déchets vétérinaires par une filière organisée sont prévus dans la Charte.