
Trente ans après leur 1er congrès départemental, les agricultrices ont une nouvelle fois répondu à l'appel. "500 personnes, ce n'est pas neutre, souligne Nicole Le Peih, la présidente de l'Union des GVA. Cette 4e édition est un succès". Par le passé, cet événement majeur a fait avancer la reconnaissance du métier d'agricultrice, avec notamment la mise en place de formation qualifiante pour les femmes. Elles étaient nombreuses à ne vouloir manquer sans aucun prétexte ce rendez-vous important, cette "journée pour les 10 ans à venir" organisée par les femmes agricultrices des GVA du Morbihan. Une première : les femmes d’exploitants, les salariées de la production et les conchylicultrices étaient conviées au même titre que les agricultrices à venir échanger sur leurs métiers.
Le tiers des forces vives de l'agriculture Morbihannaise
La première partie de la journée était consacrée à la restitution d'une enquête sur la place des femmes dans l'agriculture morbihannaise. Cette enquête a été réalisée entre juin et octobre 2006. Au total, 624 personnes du département ont été auditionnées par les responsables des GVA, les conseillères et les conseillers de la Chambre d'agriculture et neuf étudiants sur des thèmes multiples (statut, formation, responsabilité…). Cette enquête révèle une légère diminution de la féminisation du secteur agricole. Entre 1998 et 2005, la part des femmes dans la population bretonne est passée de 40 à 34%. Dans le Morbihan en 2007, elle est de 32%, soit le tiers des forces vives de l'agriculture Morbihannaise.
Dans le même temps, le statut des agricultrices du Morbihan s'est nettement amélioré. Le nombre de conjointes collaboratrices a fortement diminué (9% en 2007 contre 41% en 1997) au profit des chefs d'exploitations et associés (72,5% en 2007 contre 53% en 1997). Le choix du statut résulte davantage du conseil d'une tierce personne (41%) mais également d'une démarche volontaire (41%). L'installation se justifie souvent par la recherche d'une qualité de vie avec ses enfants, le goût du métier et l'envie de travailler avec son conjoint. Les femmes apprécient de plus en plus ce statut qui leur offre une meilleure reconnaissance dans leur travail et une meilleure protection juridique et sociale.
L'intervention d'une "drôle de femme"
Le statut des agricultrices. Karen Serre qui intervenait l'après midi a sûrement sa petite idée sur le sujet. Quel exemple pour ce congrès de "drôles de femmes" que cette agricultrice et globe trotteuse qu’est Karen Serre, actrice dans la défense des agricultrices, impliquée au niveau international pour leur reconnaissance, membre du Comité des organisations professionnelles agricoles (COPA) et de la Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA). "Comme vous l’avez sans doute constaté par mon accent, je suis d’origine danoise. J'ai été élevée au Nigeria, j'ai suivi ma scolarité en Angleterre avant de m’installer avec mon mari sur une exploitation française du Lot (46)". Les présentations faites, le public lui, est conquis. Malgré son engagement politique, Karen Serre n'est pas décidée à laisser son mari travailler seul sur l'élevage porcin et l'atelier ovin viande. "Cela n’a pas de sens de défendre une idée théorique. Le terrain me donne de la volubilité et de la force". De la force dans ses convictions, cette femme n'en manque pas. "Nous avons une mission : faire avancer l’égalité des chances, lance Karen Serre à l'assemblée. Il ne faut pas rester chez soi et s’autocensurer en laissant les autres décider de notre avenir. Nous sommes aussi capable que les mecs ! Il faut lutter contre les stéréotypes et donner envie d’être agricultrice. Nous devons présenter notre métier autrement". Une affirmation qui se justifie d'autant plus que les agricultrices non issues du milieu agricole sont de plus en plus nombreuses. Karen Serre n'oubliera pas, à la fin de son intervention, les femmes en France et dans le monde qui n'ont pas la chance de s'exprimer à la tribune. "Pensons aux autres et notamment aux agricultrices maliennes. Par leur travail quotidien, on dit là-bas que les femmes soutiennent la moitié du ciel".
Bertrand Caro
Légende : L'équipe organisatrice, ovationnée en fin de congrès.