
En 2050, la planète pourrait compter 3 milliards d'individus de plus qu'aujourd'hui. Partant de ce constat, l'Adage (Agriculture durable par l'autonomie, la gestion et l'environnement) et l'invité de son assemblée générale mardi 8 à Servon-sur-Vilaine, l'agronome Marc Dufumier, posent la question : "comment pourra-t-on nourrir cette population croissante, sans que cela ne se fasse au détriment des populations les plus pauvres et des possibilités de développement de l'agriculture durable ?"
Pour l'agronome Marc Dufumier, la solution viendra en partie d'un gain de productivité des paysans actuellement les plus pauvres et à qui nous devons donner leur chance (via l'arrêt de certaines de nos exportations). "Aujourd'hui les populations dont l'alimentation est insuffisante sont, pour plus des deux tiers, des familles paysannes disposant de petites propriétés, d'outils manuels et de systèmes de culture et d'élevage insuffisants pour se nourrir elles-mêmes ou pour permettre des achats alimentaires", constate-t-il. L'écart de productivité entre un paysan sénégalais et un paysan américain atteint un facteur 200. "Or, continue le spécialiste, ces mêmes paysanneries ont développé des systèmes de culture et d'élevage permettant la cohabitation d'un grand nombre d'espèces, races et variétés." Et de citer les exemples des systèmes agro-forestiers d'Asie du Sud-Est ou encore des cultures sous couvert arboré d'Afrique soudano-sahélienne, qui tirent à maximum profit des cycles du carbone, de l'azote et des éléments minéraux. En bref, ils utilisent l'écosystème dans son ensemble.
Et tel est bien le concept prôné par l'agronome : "il faut reconnaître l'écosystème comme étant l'objet de travail des agriculteurs". Ainsi préconise-t-il, appuyés par une recherche agronomique d'accompagnement, le développement des associations culturales et des couvertures végétales permanentes, la réconciliation de l'agriculture et de l'élevage et encore la gestion de l'eau pluviale dans les sols et sous sols plutôt qu'en surface. Nos régions développées doivent par ailleurs, toujours selon lui, se focaliser sur la production de biens à plus forte valeur ajoutée, la France n'ayant pas vocation à "exporter des produits tout venant".
Exploitations à taille humaine
Également invité à l'AG de l'Adage, Loïc Chauvin, éleveur laitier en Mayenne et administrateur du Réseau Agriculture durable, a pour sa part rappelé les fondamentaux du concept "durable" et notamment l'importance de la prise en compte des questions sociales. "Le meilleur moyen de respecter l'environnement, c'est de garder des exploitations à taille humaine", s'est-il exprimé. Une position également défendue par Marc Dufumier : "le plus urgent est de développer une agriculture qui crée plus d'emplois, plus artisanale et qui produit mieux".
Anne-Laure Lussou
Des effectifs stables à l'Adage
L'Adage 35 compte actuellement 62 adhérents sur le département, un effectif en stabilité qui se répartit au sein de 5 groupes géographiques (Vitré, Rennes Ouest - Monfort sur Meu, Fougères, La Guerche de Bretagne et Bain de Bretagne). Un sixième groupe est envisagé sur le secteur de Combourg. L'association a organisé 39 journées de formation en 2006-2007 et prévoit d'en organiser une quarantaine en 2007-2008, en mettant l'accent sur la MAE Systèmes fourragers économes en intrants (SFEI), sur les économies d'énergie et la production d'énergies renouvelables.
Légende : Michel Priour, élu président de l'Adage 35 fin 2006, Loïc Chauvin, agriculteur en Mayenne et Marc Dufumier, agronome et professeur à l'Ina PG.