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Finistère (29)
Développement / Devant les légumiers de Cléder : L'agronome dessine les contours d'une autre agriculture
 

Les légumes frais ne sont pas à l'abri de la concurrence internationale. Ce que l'on voit avec les fleurs peut se produire avec le légume de contre-saison". Rédacteur du pacte agricole de Nicolas Hulot dans le cadre du Grenelle de l'environnement, Marc Dufumier, qui intervenait devant les légumiers de l'association clédéroise Arcade, estime que le libre-échange n'a pas fini de malmener l'agriculture par les deux bouts de la planète. À moins que les accords de Doha (Organisation mondiale du commerce) ne soient pas signés au 2e semestre 2008. Ce qui lui paraît probable étant donné la situation inconfortable dans laquelle se trouve le président américain, Georges Bush, "en difficulté avec son Congrès".

Réorienter les aides Pac

Le professeur Dufumier verrait bien une autre conjonction favorable au recul du libre-échange. "Il faut profiter de 2008 pour revisiter la Pac. D'autant qu'avec les cours actuels, les aides compensatoires aux céréales ne se justifient plus". Autrement dit, pour le spécialiste des systèmes agraires, c'est le moment de dénoncer une règle de distribution de subventions qui n'a plus lieu d'être. "Il faut plafonner les aides et faire valoir le droit à modulation offert par Bruxelles et qui permet d'orienter les aides vers le pilier environnemental". Une façon selon M. Dufumier de préserver le maximum d'agriculteurs ici et de protéger ceux des pays émergents.
"Car aujourd'hui, les prix des denrées des pays en développement sont indexés sur la productivité des pays riches. Comment voulez-vous qu'un paysan dont la productivité annuelle est de 500 kg de riz par an puisse rivaliser avec un riziculteur de Camargue qui produit 500 t par actif et par an. Dans un des sacs de riz mis sur le même marché, vous avez 200 fois plus de travail que dans l'autre. Ce qui signifie que le paysan du pays émergent est contraint de brader son travail. C'est ce que l'on appelle le dumping social des pays du Sud".
Ce spécialiste milite en fait pour une protection des pays émergents – comme le fit l'Europe en son temps –, doublée d'une baisse de production en Europe. "Si les paysans français s'imaginent que la vocation exportatrice de l'Europe c'est déverser les surplus sur les pays pauvres, ils se trompent. Pour preuve, nous avons anéanti la capacité de production des pays émergents et avec la baisse de production de cette année, nous créons des famines". Il ajoute : "Il ne faut pas se tromper : en valeur, les excédents agricoles sont générés par le champagne, le comté, etc. Pas par le gruyère breton emballé dans du plastique". Fin de citation…

Baisse de prix annoncée

Dans son plaidoyer pour une autre agriculture, le professeur Dufumier milite pour une France des terroirs. Et d'imaginer une agriculture biologique à destination de la restauration collective, soutenue par un transfert des aides grandes cultures aux agriculteurs biologiques. "Donc sans pression fiscale supplémentaire". Quant au "tout bio", il en convient que ce n'est pas pour tout de suite. "À terme de 20 ans, c'est possible".
En tout cas, ces nouveaux contours qu'il a retracés devant des légumiers de Cléder constituent, selon lui, une façon de mettre les paysans d'ici et de là-bas à l'abri des turpitudes du marché mondial. "En agriculture, l'offre de matières premières finit toujours par répondre à la hausse de prix. D'autant qu'il y a un potentiel énorme de terres arables qui ne sont actuellement pas cultivées (Amérique du Sud)", indique Marc Dufumier. Et d'entrevoir une baisse du prix des matières premières dans les 3-4 ans à venir même si la tendance peut être ralentie par les agro-carburants. "Sachant qu'une bonne récolte en Ukraine peut provoquer une baisse très rapide du prix des céréales".

Didier Le Du

 

Arcade : 10 ans d'idées

Créée en 1999, l'association Arcade a été le maître d'œuvre des mesures environnementales (MAE, CTE, puis CAD) dans les exploitations légumières de Cléder. "Mais plutôt que faire du "technico-technique", l'association a toujours préféré tracer des pistes sur l'avenir", comme le formule André Méar, son président, dans l'attente de nouvelles mesures (et crédits) pour re-dynamiser l'association connue pour ses "mesures Cléder" (réhabilitation de la rotation des cultures, introduction de céréales…).   

 

Légende : Marc Dufumier (à gauche sur la photo) dit s'inscrire dans la droite ligne du Grenelle de l'environnement. "La bataille d'idées a eu lieu. Maintenant il faut voir les moyens", dit-il. À droite : André Méar, président de l'association Arcade. 


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Date de l'article : semaine du N° du 23 au 30 Novembre 2007
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