
La fin d’année s’annonce très difficile pour le porc breton. Alors que le prix à la production subit en ce moment une pression à la baisse, le prix moyen de l’aliment atteint 260 € la tonne. Conséquence immédiate : le coût de revient du kilo net de charcutier grimpe en flèche, (1,59 € en moyenne en ce moment), alors que le prix de vente piétine à 1,20 €. Ce qui représente une perte moyenne de 0.39 € / kg (35 € / porc). C’est pire qu’au plus fort de la crise de 98-99 (voir encadré). Cette situation ne peut se prolonger longtemps, car elle représente une dégradation de trésorerie de 7 000 € par mois pour 100 truies.
Un rééquilibrage du prix du porc à moyen terme
Dans l’immédiat, les éleveurs attendent que leurs partenaires (banques, fournisseurs d’aliment, groupements) les aident à passer ce cap. Il en va de la survie de la production régionale. En même temps, les producteurs espèrent, bien entendu, un redressement significatif des cours. Le rééquilibrage du prix pourrait intervenir à moyen terme. En effet, la tendance révèle que le prix de l’aliment et le prix du porc évoluent dans le même sens, avec de légers décalages dans le temps.Depuis de nombreuses années, le prix du charcutier est à la baisse, dans les mêmes proportions que celle du prix de l’aliment.Appréhender à la fois la conjoncture porc et la conjoncture aliment peut se faire en soustrayant quatre fois le prix de l’aliment du prix de vente du kg net de charcutier. L’observation de cette « conjoncture porc-aliment » montre que la moyenne mobile sur 5 ans reste stable en euros courants et atteint 0,57 € / kg net.
La remontée du prix des céréales, et donc la hausse du prix de l’aliment, devrait par conséquent entraîner un rééquilibrage du prix du porc. A un prix d’aliment de 0,260 € /kg devrait correspondre un prix du kg net de charcutier de 1,61 € en conjoncture moyenne.
Pour compenser les pertes, le prix devra dépasser largement ce niveau de 1.60 €….
Priorité à l’indice de consommation
Dans l’immédiat, l’urgen-ce est de maîtriser son coût alimentaire. Celui-ci représente aujourd’hui 66 % du coût de revient contre 55 % jusqu’à présent. Les disparités d’indice de consommation entre les éleveurs vont donc peser encore davantage. L’écart de 0,1 d’IC global représente aujourd’hui près de 3,5 cts par kilo net vendu, soit 7.500 € pour 100 truies sur un an . Les écarts extrêmes ( de 2.75 à 3.25 ) peuvent donc jouer sur près de 40.000 € pour 100 truies par an, c’est-à-dire la moitié de la perte actuelle ! Dès lors, le contrôle rigoureux et régulier par le biais de la GTE reste le meilleur outil d’analyse et de suivi de l’élevage, surtout dans le contexte actuel.
Poids de vente, des réflexes à moduler !
Le travail effectué depuis des années sur le coût de revient a souvent incité les producteurs à vendre le plus lourd possible, afin de répartir les charges fixes . Cette stratégie mérite aujourd’hui d’être affinée.
En effet, la hausse de l’indice de consommation (3,4 à 3,8) au-delà d’un certain poids, des prix d’aliment finition en engraissement qui atteignent aujourd’hui 242 € / tonne, un prix du porc réduit et l’évolution des plus-values en fonction du poids et du sexe, doivent conduire à rechercher le poids optimum permettant la plus forte marge sur coût alimentaire du porc .Chez les femelles, le poids de 94 kg chaud reste l’optimum, même avec un aliment à 240 € et un prix de marché de 1,10 €.
Par contre, prudence chez les mâles : selon la conjoncture porc et aliment, le poids optimum de vente peut sensiblement baisser jusqu’à un minimum de 86 kg de poids chaud.
Noëlle Ravalec,
CER France Finistère
Légende : Les trésoreries des élevages porcins sont aujourd’hui fortement affectées. Réaliser un prévisionnel jusqu’à la prochaine campagne céréalière peut permettre d’ajuster ses prêts, ses encours bancaires et ses retours de liquidités.