
L es serristes n’ont pas attendu les pêcheurs pour alerter les pouvoirs publics sur le prix de l’énergie. Depuis 2004, les producteurs de tomates dénoncent la pratique tarifaire par zonage, appliquée par GDF. Un système qui fait que le gaz est plus cher d’une commune à l’autre. Ainsi deux exploitants moyens, l’un situé sur Plougastel-Daoulas, l’autre sur Lopérhet, se retrouvent avec une différence de coût de chauffage estimée à 11 700 euros/an alors que leurs serres peuvent être contiguës.
Le rapport Mauguin, sorti il y a deux ans, faisait déjà le constat sur le problème du coût de l’énergie. "Mais on en reste aux rapports et aux constats", s’élève Gilles Le Bihan, président de la section cultures sous serre de la FDSEA, indiquant que les pouvoirs publics ont été saisis une nouvelle fois du dossier. C’était il y a deux mois.
35 % du coût de production
Car sur le plan financier, les hausses successives de l’énergie détériorent sérieusement la rentabilité des outils. "Les choses ne font que s’aggraver. Nous sommes très inquiets pour les 30 % des serristes qui chauffent au fioul lourd", s’alarme pour sa part Michel Le Gall, membre de la section. Et de faire remarquer que "la promesse de non-augmentation du prix du gaz sur novembre n’engage personne puisque les négociations dans le domaine sont semestrielles. Or, pour janvier 2008, certaines sources parlent de + 20 % d’augmentation. Sachant que deux tiers des serres sont chauffées au gaz naturel, il y a un vrai risque quant à la pérennité de nombreuses entreprises".
Bref, la flambée du prix de l’énergie n’épargne aucun serriste (+ 140 % pour le fioul lourd et + 56 % pour le gaz naturel depuis 2004). Les incertitudes pour 2008 laissant craindre le pire pour la prochaine campagne. "Aujourd’hui, ce poste représente de 35 % du coût de production contre 20 % antérieurement", expliquent les syndicalistes, rappelant qu’en parallèle, le prix de vente de la tomate (0,85 euro/kg en moyenne sur la saison qui s’achève) n’a pas suivi et que le climat de l’été dernier a obligé à pousser les chaudières. "À bout de trésorerie, des producteurs en viennent à diminuer le chauffage à 300 Kw/m2 (Pour produire 45 kg/m2, il faut compter 400 kW/m2). D’où des baisses de rendement".
Dans ce contexte, les serristes durcissent le ton. "Nous avons suggéré aux producteurs de ne pas payer leurs cotisations à la MSA", cite Gilles Le Bihan, indiquant que selon les propositions du ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, au congrès de la FNPL (hier à Reims), dépendrait la suite du mouvement de contestation.
Favoriser d'autres énergies
Les serristes se montrent d’autant plus déterminés qu’ils ont des solutions face à la flambée du prix de l’énergie. Parmi celles-ci, le recours à la cogénération (NDLR : transformer du gaz en électricité et récupérer la chaleur qui sert à refroidir les turbines). "Le problème, c’est qu’en France la possibilité de cogénération n’est ouverte que du 1er novembre au 31 mars quand les besoins en électricité sont importants. Avec un tel calendrier, il faut 3,5 ha de serre pour rentabiliser l’installation. Or, en Finistère, la moyenne est de 2,2 ha", explique Michel Le Gall, soulignant que cette technique est doublement intéressante. "L’électricité produite peut pallier le déficit de production régionale qui menace certaines régions de Bretagne. La technique est écologique puisque le gaz carbonique produit par la combustion est récupéré et consommé par les plants de tomate".
Le recours aux pompes à chaleur constitue une autre voie pour réduire significativement la consommation énergétique des serres. "Reste qu’aujourd’hui, nous devons d’abord expérimenter le système sur des grandes surfaces. Dans l’impossibilité de financer elle-même les essais, la filière demande des aides".
Autant de requêtes qui apparaissent légitimes aux acteurs de la filière qui rappellent que la production de tomate sous serre représente 1 800 emplois directs sur le département et 2 500 emplois sur la Bretagne. "Chaque hectare de serre engendre plus de 6 emplois".
Didier Le Du
Les demandes de la profession
• Prise en charge par l’État du surcoût de 30 euros/t de fioul dû à l’éloignement du Finistère.
• Équité territoriale avec abandon de la tarification par zonage en gaz.
• Possibilité de payer l’énergie hors taxe pour supprimer l’avance de trésorerie faite par les serristes.
• Demande d’avance de trésorerie à 0 % en attente de la prochaine saison de production.
• Demande d’aides express pour équiper d’écrans thermiques les serres chauffées au fioul.
• Politique d’incitation au développement de la cogénération.
• Aide à la recherche et au développement des pompes à chaleur.
• Remboursement de la TIPP et de la TICGN.
Légende : Gilles Le Bihan, président de la section cultures sous serre de la FDSEA (à droite), et Michel Le Gall, membre de la section.