
Comme à chaque crise du porc, il est difficile de trouver une unanimité entre syndicats pour sortir de l’impasse. Difficile surtout de ne pas retomber dans les longs débats pas toujours très fructueux sur les solutions à mettre en œuvre : restitutions, stockage, baisse du poids de carcasses, réduction de la production…
Surproduction et distorsions de concurrence
Sur les raisons de la crise tous s’accordent sur les principaux éléments déclencheurs : une explosion des coûts de production liée à la hausse du prix des matières premières, une surproduction européenne avec de fortes hausses de production ou d’abattage en Allemagne et Espagne. Au niveau commercial, les difficultés rencontrées à l’exportation pénalisent fortement la filière bretonne. En cause la parité dollar/euro et la différence des coûts de production entre les bassins qui peuvent ou ne peuvent pas utiliser des céréales OGM, des farines animales. « Des différences sensibles sont aussi remarquées avec les outils d’abattage en Allemagne qui utilisent des salariés de pays plus à l’Est avec des coûts salariaux parfois inférieurs de moitié avec ceux pratiqués en France » soulignent des acteurs qui reviennent d’un déplacement dans le pays.
Le désaccord entre syndicats est plus marqué sur les solutions à proposer. Ainsi les restitutions à l’exportation demandées par la plupart des acteurs de la filière ne font pas l’unanimité. La Confédération Paysanne estime, comme la Commissaire européenne Marianne Fischer-Boel, que « ce serait donner un mauvais signe au secteur et ne ferait que prolonger la situation difficile ». Elle lui préfère une solution franco-française de réduction des volumes par la modification de la grille de poids. Fortuné Le Calvé, président du CRP, négociateur de la grille actuelle rétorque « qu’il s’agit d’une grille qui répond à une demande des abatteurs qui veulent cette gamme de poids pour s’adapter à leurs marchés ». Soulignant qu’il est délicat de toujours modifier les curseurs, d’autant que les négociations sur ce dossier se sont montrées particulièrement serrées.
Les restitutions à l’exportation permettraient de soulager temporairement le marché encombré, dans l’attente d’un rééquilibrage de l’offre et de la demande qui ne peut s’opérer sans une réduction de la production européenne. Ce qui veut aussi dire que des éleveurs doivent lâcher prise, en Bretagne ou ailleurs. Chaque bassin veut résister dans ce qu’il convient d’appeler « la guerre économique ». Les mesures de stockage privé décidées par Bruxelles n’apportent quant à elles franchement rien de mieux, car les viandes stockées reviendront tôt ou tard sur le marché retardant d’autant le reprise.
Peu de leviers
Sur les autres revendications, pas réellement de raisons de s’affronter, c’est-à-dire sur les demandes de déblocage des aides d’urgence, la réactivation des mécanismes Stabiporc, ou les outils de régulation des marchés et la gestion de crise. Thierry Thomas, porte parole de la Confédération Paysanne pour la production porcine, a aussi souhaité une initiative intersyndicale avec la FDSEA et la Coordination rurale pour une rencontre avec les responsables de Coops de France. « Plus de 80 % de la production porcine passe par les outils coopératifs, il est normal que nous puissions engager le dialogue avec eux pour trouver des solutions ».
Au-delà de ces débats parfois d’idées, pour les producteurs, la crise va vite devenir insupportable. Car comme l’a rappelé Jean-Jacques René, responsable porc FDSEA 22, « jamais une crise n’a été aussi brutale et violente ». Provenant autant des coûts de l’aliment que du prix du porc lui-même, les conséquences s’affichent rapidement au niveau des trésoreries qui dégringolent. De nouvelles hausses du prix de l’aliment sont annoncées. « Avant la fin de l’année toutes les ouvertures de crédits seront au plafond. Aujourd’hui les éleveurs ni les autres acteurs de la filière n’ont que peu de leviers à leur disposition. Ils subissent et ne voient pas le bout du tunnel ».
Pierre Dénès
La pression des éleveurs
Lundi après-midi au cadran de Plérin, la Confédération Paysanne du Grand-Ouest avait donné rendez-vous à ses adhérents pour venir faire ses propositions. Une trentaine de producteurs face à Fortuné Le Calvé, président du CRP et à Jean-Jacques Riou, président du MPB, pendant près de deux heures.
Mardi soir à St Brieuc devant la Préfecture, sous l’impulsion de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, appuyés par les organisations économiques un peu plus de 200 éleveurs ont de nouveau voulu faire pression sur les pouvoirs publics sur le dossier des restitutions. Une délégation des représentants de la filière a été reçue en fin de soirée par le Préfet, Philippe Rey. Ils ont ensuite perturbé la circulation sur la voie express. Dans le Finistère, FDSEA et Jeunes Agriculteurs avaient invité tous les éleveurs à une réunion à Saint-Ségal mercredi soir. Elle devait se poursuivre par une demande de rencontre avec le Préfet.
Légende : Les éleveurs de la Confédération paysanne du Grand-Ouest face à Fortuné Le Calvé, président du CRP et à Jean-Jacques Riou, président du MPB, pendant près de deux heures