| Depuis que les antibiotiques régulateurs de flore (ARF) ne sont pratiquement plus utilisés en élevage porcin, on remarque une recrudescence des problèmes digestifs (surtout les diarrhées non spécifiques et les iléites) en post-sevrage et en engraissement. On peut donc dire que ces additifs antibiotiques avaient certainement un effet préventif sur certaines diarrhées», remarque Arlette Laval, professeur en médecine des animaux d’élevage. Mais sans tarder, elle ajoute qu’on ne peut lier ce phénomène uniquement aux ARF. «L’interdiction des farines d’origine animale est apparue à la même époque. Or le porc est omnivore et le remplacement des matières azotées contenues dans les farines de viande par des protéines végétales, facteurs de diarrhées, a aussi eu des répercussions. Les fabricants d’aliments doivent donc s’adapter et trouver des formulations et des traitements technologiques qui réduiront les problèmes digestifs avec un coût raisonnable.» Autre point important : en France (pour des raisons de protection des sols et écotoxicité), nous respectons l’interdiction d’utilisation d’oxyde de zinc instituée en 1995. Ce produit réduit les diarrhées non spécifiques et les collibacilloses du sevrage. Cela peut d’ailleurs constituer une distorsion de concurrence. «Les Danois par exemple déclarent ne plus l’utiliser depuis peu de temps, mais certains praticiens reconnaissent y avoir encore recours aujourd’hui». Amalgame entre les ARF et le traitement par l’aliment A ces différents facteurs de diarrhées, ajoutons aussi la MAP (maladie d’amaigrissement du porcelet) qui se développe dans les élevages, rendant les animaux plus faibles. «La qualité des céréales selon les années ou les saisons peut également être mise en cause.» Bref, il n’est pas évident de n’incriminer que l’arrêt des ARF dans la progression des diarrhées. Arlette Laval met par ailleurs l’accent sur l’amalgame fait par le grand public entre les ARF et les antibiotiques thérapeutiques. «Les ARF sont présents dans les aliments à des taux très faibles comme les vitamines et d’autres éléments. Dans ce cas, l’objectif n’est pas le contrôle sanitaire mais l’amélioration zootechnique (réorientation des fermentations et croissance facilitée) amenant à un moindre gaspillage alimentaire.» Les ARF devraient être totalement interdits en Europe à partir de 2006. Actuellement, trois ARF sont encore légaux mais peu utilisés en pratique, notamment dans les élevages sous charte qualité. Cette interdiction est la conséquence du «principe de précaution» contre lequel la filière ne peut agir. A côté des ARF : les antibiotiques thérapeutiques. «Nous en avons besoin : ils sont utilisés pour soigner les animaux malades et la prescription doit être exclusivement réalisée par le vétérinaire afin que le traitement soit efficace et indépendant du producteur, c’est important.» Un excellent traitement avec l’aliment médicamenteux La professeur ajoute que l’aliment médicamenteux est le meilleur vecteur de traitement, mais c’est celui qui est le plus concerné par l’amalgame avec les AFR et il coûte cher. «Tous les animaux sont soignés, y compris ceux encore en incubation, et la tâche de l’éleveur est simplifiée. L’injection, difficile sur le terrain (repérer, attraper les animaux plusieurs jours de suite...), peut être utilisée en cas d’urgence et suivie d’un traitement par voie alimentaire.» Le traitement par eau de boisson permet aussi d’administrer le médicament à des effectifs importants, mais leur utilisation n’est pas toujours facile en pratique. Arlette Laval ajoute que les antibiotiques incorporés dans l’aliment 1er âge utilisé au sevrage ne doivent pas inquiéter. «Il n’y a pas de souci de résidus et le risque d’induction de résistances humaines et porcines est limité. Il est en tous cas mineur en comparaison avec une utilisation en milieu ou fin d’engraissement.» |